Béziers : des salariés de la médiathèque dénoncent un management toxique
Médiathèque de Béziers : des salariés dénoncent un management toxique

Deux courriers anonymes adressés à la rédaction de Midi Libre, signés d'un collectif de salariés de la médiathèque André-Malraux de Béziers, dénoncent des méthodes de management autoritaires et un climat de travail toxique. Le collectif, baptisé « MAMtraité », évoque « autoritarisme, humiliations, infantilisation, méchanceté, pression, décisions vécues comme arbitraires ou injustes, absence de dialogue, peur de s'exprimer et manque profond de considération ». Ces témoignages interviennent alors que plusieurs agents sont en arrêt maladie et qu'une procédure judiciaire est en cours.

Un collectif de salariés tire la sonnette d'alarme

Dans deux missives envoyées à trois semaines d'écart, le collectif « MAMtraité » décrit un management « autoritaire » et un fonctionnement de la direction qui suscite « peur de s'exprimer » chez les agents. Les signataires, qui souhaitent « conserver l'anonymat afin d'éviter toutes représailles », affirment que des agents ont consulté la médecine du travail et des psychologues, et que des situations ont été signalées aux ressources humaines et à différents responsables institutionnels, « jusqu'au maire ».

Sur la cinquantaine de salariés que compte la médiathèque, au moins trois sont actuellement en arrêt maladie. Entre juin et octobre 2026, huit départs ont eu lieu. Un signalement officiel écrit pour harcèlement a été déposé auprès des ressources humaines de l'Agglo, et la justice a été saisie par la même personne. Ces éléments, rapportés par les témoins rencontrés par Midi Libre, confirment un malaise profond au sein de l'équipe.

Des témoignages accablants sur le management

Nathalie*, une salariée en arrêt maladie pour dépression, raconte : « Je ne voulais plus aller travailler. Sur la route, j'avais envie de me prendre un platane ». Elle dénonce le management de la directrice, Hélène Gondard-Bolo, qui « peut se montrer très agressive dans ses paroles ». Elle évoque un « climat de paranoïa » où la direction s'immiscerait dans la vie privée des salariés, allant jusqu'à surveiller les pauses-café entre collègues. Un épisode l'a particulièrement marquée : des jeunes salariés qui avaient un groupe WhatsApp et se voyaient à l'extérieur se sont fait « violemment reprocher en réunion devant tout le monde ».

Une autre salariée, en arrêt pour épuisement professionnel, parle d'un « management toxique » fait de mots « agressifs et d'un langage charretier ». Elle décrit un climat « où il faut se tenir aux ordres » et des salariés « qui travaillent à flux tendu en permanence ». Ces témoignages concordent avec la lettre du collectif, qui affirme que la souffrance « ne serait pas inconnue de l'institution ».

Une organisation du travail dégradée

L'arrivée d'Hélène Gondard-Bolo à la tête de la médiathèque en 2022, après deux directeurs successifs, s'est accompagnée d'une dégradation des conditions de travail. Un ancien salarié estime que son « manque de compétence, de stature et de véritable projet pour la médiathèque a été compensé par l'autoritarisme ». Progressivement, les cadres de catégorie A sont partis à la retraite ou vers d'autres horizons, sans être remplacés. En conséquence, « les catégories C se sont retrouvées à avoir des missions de catégorie B », explique Nathalie, « sans la formation ni le salaire allant avec ». Elle cite l'obligation qu'elle a eue de former successivement quatre personnes dans son service, alors que cela ne fait pas partie de ses prérogatives.

Nina*, une ancienne salariée, ajoute : « Cela crée un fossé entre les agents et la direction. Il y a un véritable manque de cadres intermédiaires ». Le collectif « MAMtraité » s'alarme également dans sa deuxième lettre : « Des agents quittant la médiathèque auraient été invités à signer un document indiquant que leur départ n'était pas lié à un mauvais management ». Une information que Midi Libre n'a pas pu vérifier. La directrice générale adjointe de l'Agglo, Florence Villebois-Cros, affirme ne pas être au courant et estime que « ce n'est pas dans les habitudes de l'Agglo ».

L'Agglo défend la directrice, mais prend note

Florence Villebois-Cros, directrice générale adjointe de l'Agglo, défend Hélène Gondard-Bolo : « Hélène Gondard porte la médiathèque. Cette dernière enregistre d'importantes augmentations de sa fréquentation ou du nombre d'actions culturelles proposées ». Elle concède toutefois qu'il peut y avoir « des maladresses managériales », mais estime que cela ne va pas plus loin. Elle cite l'unique signalement effectué par un agent auprès des ressources humaines, qui a donné lieu à une enquête administrative ayant montré « un bon fonctionnement et pas de preuves de harcèlement ». Elle ajoute : « Que ses pratiques managériales ne plaisent pas, c'est le lot de beaucoup de managers ». Une enquête menée par l'Inspection générale de l'éducation, du sport et de la recherche aurait montré que la directrice est « parfaitement capable d'assurer ce poste ».

Florence Villebois-Cros assure néanmoins prendre note de ces nouvelles plaintes et regrette que les ressources humaines de l'Agglo ne soient pas saisies directement : « C'est compliqué quand les agents n'interagissent pas directement ». Pour l'heure, aucune réponse n'a été apportée aux souffrances des salariés. Le collectif « MAMtraité » insiste : « Ce texte n'a pas vocation à salir la médiathèque André-Malraux. Au contraire. Il existe parce que des agents aiment ce lieu et ce métier ».