Mamapaprika : « J’ai reçu des menaces de mort et de viol en live »
Mamapaprika : menaces de mort et de viol en live sur Twitch

« J’ai reçu une fois une vague de commentaires racistes, des menaces de morts, de viols, le tout en live », confie Mamapaprika, streameuse noire cumulant plus de dix mille abonnés sur Twitch. Face à l’isolement et aux attaques, elle a rejoint l’association Afrogameuse, qui réunit des joueuses, professionnelles et streameuses afrodescendantes pour lutter contre le racisme et le sexisme dans le milieu du jeu vidéo. Dans un entretien accordé à 20 Minutes, elle revient sur son expérience et les missions de l’association.

Une découverte opportune

Mamapaprika a découvert Afrogameuse en 2020, seulement deux semaines après avoir débuté le streaming. « Une ancienne collègue avait posté une story sur Instagram. Elle parlait d’une association réunissant des femmes afrodescendantes du milieu du jeu vidéo, créée par la streameuse Invincible Jane, alias Jennifer Lufau. » C’était aussi le début de l’association. Pour elle, rejoindre ce collectif était une évidence : « Afrogameuse œuvre pour qu’il y ait beaucoup plus de représentation dans le monde du jeu vidéo. Son but c’est que les gens ne soient plus surpris lorsque les femmes afrodescendantes disent jouer aux jeux vidéo tous les jours. »

Militer pour la représentation

L’association ne se contente pas de sensibiliser le public. Elle milite pour une meilleure visibilité des personnages afrodescendants, non-blancs et non-binaires dans les jeux, mais aussi dans les studios. « Ses membres prennent la parole en convention, devant les entreprises. Des tournois réservés uniquement à des personnes afrodescendantes sont organisés, pour leur assurer une quiétude et éviter des regards désagréables ou d’être victimes de propos racistes », explique Mamapaprika. Ces initiatives visent à normaliser la présence des minorités dans un univers souvent perçu comme blanc et masculin.

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Twitch : des efforts mitigés

Interrogée sur la politique de Twitch en matière de mise en avant des créatrices non-blanches, la streameuse reconnaît des progrès : « Ils font des efforts là où ils peuvent en faire. Personnellement j’ai eu la chance d’être mise en avant à plusieurs reprises. » Elle cite une campagne avec une ambassadrice appelée Bulledop pour parler des outils de modération, et des invitations régulières par Twitch France pour tester de nouveaux outils. « Mais aux États-Unis, la communauté noire n’a pas du tout la même portée. Ils ont le Black History Month, durant lequel ils mettent en avant tous les streameurs et toutes les streameuses noires de la plateforme. »

Elle insiste sur le rôle du public : « Twitch est régie par son public. Si les spectateurs n’adhèrent pas, cela ne fonctionnera pas. Et le public n’est pas prêt à voir une femme noire sur Twitch. »

Des vagues de harcèlement

Le racisme sur la plateforme est une réalité quotidienne. Mamapaprika raconte un événement marquant : « Pendant un stream, j’ai été victime d’un raid. D’un coup j’ai reçu des centaines de messages à caractère violent, des menaces de mort, des menaces de viol et aussi des menaces racistes. En l’occurrence on me traitait de singe en plus de tout le reste. C’est arrivé lors d’une vague de harcèlement dirigée uniquement à l’encontre de streameuses. Ça avait été très impressionnant à vivre. »

Une résilience renforcée

Aujourd’hui, les attaques sont devenues sporadiques, mais persistent. « Parce que j’ai gagné en communauté. Les attaques racistes, misogynes, lgbtophobes se font principalement vers des petites chaînes parce que ce sont des personnes qui vont regarder leur chat et ils se disent qu’ils vont avoir un impact dessus. Moi aujourd’hui j’ai une équipe de modération hors pair, qui arrive à écarter très facilement ce genre de commentaires. »

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Continuer pour les autres

Malgré les violences, Mamapaprika persévère. « Je n’ai aucune vocation à être porte-étendard, mais je sais que de voir des gens qui nous ressemblent, ça motive, ça rassure. Et vu le nombre de messages que je reçois, qui me disent “ça me fait du bien de voir une streameuse noire sur la plateforme”, il faut continuer. » Elle appelle à normaliser la présence des personnes non-blanches sur les plateformes, en évitant « que les événements sur Twitch restent dans un entre-soi blanc et masculin ». Elle remercie les acteurs qui font des efforts en ce sens.