Lundi matin, dans le centre-ville de Lille, les camions de livraison côtoyaient les véhicules d'artisans venus poser des plaques d'OSB sur les devantures des magasins saccagés lors des violences urbaines de samedi soir. Parmi les commerces les plus touchés, la boutique Coin des Barons, située dans la rue de Béthune, a été entièrement vidée puis incendiée. Il n'en reste littéralement plus rien.
Un pillage suivi d'un incendie volontaire
Marine Schremans, responsable de la boutique, raconte : « Dès qu’on a reçu l’alerte de notre système de surveillance, on est tous revenus sur place. » Mais il était déjà trop tard. Les vitrines anti-effraction n'ont pas résisté aux assauts des casseurs qui les attaquaient à coups d'extincteurs. « On a assisté à tout, sans pouvoir rien faire », poursuit-elle.
Abdou N’Diaye, directeur du réseau Coin des Barons qui compte 13 magasins en France et en Belgique, a visionné les images de vidéosurveillance. Il décrit : « Les plus peureux prenaient ce qu’il y avait sur le devant du magasin, les plus téméraires ont dévalisé le fond. » Le pillage a duré une quinzaine de minutes avant le déclenchement de l'incendie. « C’est un feu volontaire, assure-t-il. Ça a pris dans le local poubelles au fond du magasin et qui a tout dévasté. »
Une intervention tardive des secours
Le directeur a immédiatement alerté les pompiers, qui ne sont arrivés qu'un quart d'heure plus tard, en raison de la foule présente dans cette rue piétonne. Un premier véhicule pompe-tonne puis une grande échelle ont été déployés, sous les acclamations d'une partie de la foule. Pendant ce temps, d'autres casseurs s'attaquaient au magasin Micromania voisin. Abdou N’Diaye déplore : « Les policiers ne sont arrivés que plus tard, mais au moins ils sont venus. » À Marseille, une autre de ses boutiques a également été pillée, mais là-bas, selon lui, « c’était open bar. La police n’est jamais intervenue dans la rue. »
Ce lundi, le Coin des Barons est inaccessible, muré par des panneaux de bois après le passage de la police judiciaire. Le directeur estime que pour un magasin simplement cassé, une semaine de travaux suffit, mais « là, le feu, il n’y a rien de pire ». Marine Schremans craint que la structure du bâtiment n'ait été endommagée par les flammes. Elle précise : « Au-dessus de la boutique, sur une partie, il y a le cinéma, mais sur l’autre, il y a des habitations. Il aurait pu y avoir un drame. »
Un lieu de vie à reconstruire
Pour la suite, beaucoup de questions demeurent. Le directeur reconnaît que retrouver les cartes volées est quasiment impossible, malgré les vidéos remises aux enquêteurs. Le réseau est couvert par une assurance spécifique pour ce type de marchandise, mais on ignore encore si la clause « émeutes » a été souscrite.
Marine Schremans, encore choquée, rappelle que le magasin « venait juste de fêter son premier anniversaire ». Abdou N’Diaye, plus optimiste, déclare : « On est tristes, parce que c’était aussi un lieu de vie où se retrouvait toute une communauté de joueurs. » Il assure qu'il « va rouvrir une boutique dans le centre de Lille, le plus vite possible ». Pour reconstituer le stock de cartes Pokémon et autres, il compte sur « l’entraide entre les magasins et les rachats de cartes quotidiens ».