Une semaine après le déclenchement du plus gros incendie en France depuis 1949, qui a ravagé 42 000 hectares de forêt dans le secteur de Saumos et du bassin d'Arcachon, le volet judiciaire monte en puissance. Le parquet de Bordeaux privilégie désormais la piste d'un chantier de débroussaillage réalisé pour le compte d'Enedis comme origine du sinistre. En parallèle, onze personnes ont déjà été déférées, dont deux pour incendie volontaire.
Un chantier de débroussaillage en ligne de mire
L'incendie s'est déclaré le mercredi 22 juillet 2026 à Saumos, à l'ouest de Bordeaux, entre Lacanau et Lège-Cap-Ferret. Dès les premières heures, plusieurs témoignages ont conduit les enquêteurs à s'intéresser à un chantier de débroussaillage réalisé sous une ligne à haute tension par une entreprise intervenant pour le compte du distributeur d'électricité Enedis.
Une propriétaire forestière a notamment indiqué à l'AFP avoir découvert un tracteur utilisé pour ces travaux et rapporté que deux salariés lui avaient expliqué avoir vu le feu partir après le passage d'un de leurs collègues, avant de tenter de maîtriser les flammes à l'aide d'un extincteur. Enedis avait confirmé l'intervention d'une entreprise de débroussaillage tout en précisant que l'origine exacte du sinistre n'était pas encore établie.
Le parquet privilégie cette hypothèse
Le procureur de la République de Bordeaux, Renaud Gaudeul, a déclaré lundi 27 juillet sur France Info : « Le feu semble bien avoir pour origine ce chantier, qui avait débuté juste avant. » Il a ajouté : « Il faut voir dans quelles conditions ce chantier intervenait. » Selon lui, « d'après les premiers éléments, les intervenants n'ont pas violé la réglementation applicable à ce moment-là ». Les travaux forestiers utilisant des moteurs thermiques étaient encore autorisés lorsque le chantier a débuté ; leur interdiction n'a été décidée que dans la soirée du 22 juillet.
Plus d'une vingtaine d'enquêteurs sont mobilisés pour reconstituer le déroulement précis du départ du feu. Le dossier est suivi par le pôle régional environnement du parquet de Bordeaux. Les investigations ont été confiées à l'Office central de Lutte contre les Atteintes à l'Environnement et à la Santé publique (OCLAESP), épaulé par la section de recherches de la gendarmerie de Bordeaux, le groupement de gendarmerie de Gironde, l'Office français de la Biodiversité (OFB) et l'Office national des Forêts (ONF).
Bilan humain et matériel toujours lourd
Au total, 42 000 hectares de forêt sont partis en fumée. Si les autorités qualifient désormais le sinistre de « stabilisé mais pas encore fixé », la canicule et le risque de reprise de feu sont étroitement surveillés. Sur le terrain, 2 500 sapeurs-pompiers restent mobilisés pour contenir les braises et traiter les foyers résiduels. Depuis le début de l'incendie, 126 d'entre eux ont été blessés. Plus de 222 000 personnes ont dû être évacuées dans 24 communes, tandis que 62 campings ont été fermés en urgence en Gironde et dans les Landes.
Onze personnes déférées, dont deux pour incendie volontaire
Depuis le jeudi 23 juillet, onze personnes ont été déférées devant le parquet de Bordeaux, comme le confirme le communiqué de presse du procureur Renaud Gaudeul consulté par « le Nouvel Obs ». Les poursuites les plus graves concernent deux personnes soupçonnées d'avoir volontairement déclenché un départ de feu. L'une est un brancardier interpellé à Lormont le vendredi 24 juillet après avoir incendié des arbustes. L'autre est un adolescent de 15 ans arrêté le lendemain à Sainte-Eulalie après avoir mis le feu à des broussailles à proximité du foyer où il était hébergé. Tous deux ont été placés en détention à l'issue de leur présentation à la justice.
En parallèle, une enquête pour destruction volontaire par incendie a été ouverte à La Teste-de-Buch après la découverte d'un briquet sur une parcelle où plus de 600 m² avaient brûlé à proximité de la caserne des pompiers du Pyla le jeudi 23 juillet. Aucune interpellation n'a eu lieu à ce stade dans ce dossier.
Neuf autres personnes poursuivies pour mise en danger de la vie d'autrui
Neuf autres personnes sont poursuivies pour mise en danger de la vie d'autrui. Elles sont soupçonnées d'avoir fumé en forêt, allumé un barbecue dans une zone boisée ou encore utilisé des feux d'artifice à proximité de la végétation. Parmi ces dossiers figure celui d'un homme surpris en train de fumer dans une forêt de Lège-Cap-Ferret dans la nuit du 22 au 23 juillet. Un autre est poursuivi après avoir été contrôlé à Lacanau alors qu'il fumait en forêt et venait d'utiliser un barbecue près de son campement. Deux jeunes employés de restauration ont également été interpellés à La Teste-de-Buch pour avoir tiré des feux d'artifice en direction d'une voie rapide et d'un complexe sportif, selon l'AFP.
Une réponse pénale renforcée
Le procureur précise que les réponses pénales sont désormais adaptées « au regard de la gravité des faits et des antécédents des personnes mises en cause ». Toutes celles qui ne résident pas en Gironde se sont vu notifier une interdiction de s'y rendre pendant six mois, ainsi que dans les Landes et le Lot-et-Garonne. Deux habitants du département ont, eux, été condamnés à des amendes de 1 100 et 1 200 euros.
Au-delà des dossiers individuels, le parquet revendique un changement de doctrine face aux comportements susceptibles d'alimenter les incendies. Interrogé par France 3 Nouvelle-Aquitaine, Renaud Gaudeul explique que la justice est « montée en puissance » dans sa réponse pénale. Désormais, les jets de mégot ou l'utilisation du feu en milieu forestier sont poursuivis sous la qualification de mise en danger de la vie d'autrui, passible d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende. « Ces individus-là, nous les déférons aujourd'hui systématiquement », affirme le procureur. Avant de justifier les interdictions de paraître prononcées contre certains prévenus : « S'ils n'ont rien à faire des règles de sécurité, ils n'ont rien à faire dans ce territoire. »
Des cambriolages dans les zones évacuées
Le procureur fait également état de quelques procédures ouvertes pour des cambriolages commis dans des secteurs évacués. A ce stade, ces affaires restent peu nombreuses et n'ont permis d'identifier aucun suspect. Pour limiter les intrusions, des réquisitions autorisent policiers et gendarmes à contrôler, de jour comme de nuit, les personnes et les véhicules circulant dans les périmètres concernés.



