Lors de sa rentrée politique à Hénin-Beaumont le 13 septembre, Marine Le Pen a annoncé son intention d'abroger la loi SRU sur les quotas de logements sociaux, au profit de la « priorité nationale ». Cette promesse, faite en vue de l'élection présidentielle de 2027, a immédiatement suscité la réaction d'Emmanuelle Cosse, présidente de l'Union sociale pour l'habitat, qui a qualifié cette mesure de « lubie xénophobe ».
Une abrogation promise de la loi SRU
La candidate du Rassemblement national a réaffirmé son opposition à la loi SRU, en vigueur depuis le 13 décembre 2000. Selon elle, ce texte « n'a manifestement pas fait ses preuves » après 26 ans d'application. Dans son discours, elle a déclaré : « Comme nous croyons à la liberté des maires et que la loi dite SRU n'a manifestement pas fait ses preuves, cette loi sera purement et simplement abrogée. » Elle a précisé que cette mesure ne signifiait pas la fin de la politique sociale du logement, mais qu'au contraire, « grâce à la priorité nationale, de lui donner sa pleine mesure ».
La loi SRU impose aux communes de disposer de 20 à 25 % de logements sociaux, sous peine de pénalités financières. Son objectif est de répartir équitablement la charge du logement social sur le territoire et de contraindre toutes les villes à participer à cet effort. Marine Le Pen propose de remplacer ce système par la priorité nationale, qui donnerait la priorité aux Français dans l'attribution des HLM.
La réaction d'Emmanuelle Cosse
Emmanuelle Cosse, ancienne ministre écologiste du Logement et actuelle présidente de la confédération des bailleurs sociaux, a vivement critiqué cette proposition lors d'une conférence de presse lundi. Elle a jugé que cette mesure « nourrit une lubie xénophobe » et qu'elle est « à côté de la plaque par rapport aux besoins actuels ». Pour elle, les propositions de Marine Le Pen « parlaient très peu de logement mais utilisent la crise actuelle et désignent un bouc émissaire, les immigrés ».
Cosse a également souligné que les mesures de la loi SRU ont porté leurs fruits, citant un rapport de l'Insee publié en juin. Selon ce rapport, « le parc social apporte de la mixité sociale au sein des quartiers, surtout dans les quartiers aisés où il est présent, ce qui permet de réduire la ségrégation résidentielle selon le niveau de vie ». L'organisme note une meilleure répartition géographique des logements sociaux grâce à ce texte.
La priorité nationale comme carte maîtresse
Pour ne pas donner l'impression d'abandonner les logements sociaux, Marine Le Pen a mis en avant la priorité nationale. « Avec nous les Français, quelles que soient leur couleur de peau ou leur religion, leur origine ou leur résidence […] seront prioritaires chez eux », a-t-elle développé dans son fief d'Hénin-Beaumont. Cette mesure vise à répondre aux critiques en affirmant que les Français seront prioritaires dans l'accès aux HLM.
Le programme de la candidate prévoit également une levée de certaines normes de construction, notamment le dispositif Zéro artificialisation nette (ZAN) et les diagnostics de performance énergétique (DPE), créés par la loi Climat et Résilience de 2021. Ces mesures s'inscrivent dans une volonté de simplifier les règles applicables au logement, mais elles sont également critiquées par les défenseurs de l'environnement.
Cette proposition de Marine Le Pen s'inscrit dans un contexte de campagne pour l'élection présidentielle de 2027, où le logement est devenu un enjeu majeur. La candidate du RN promet que le logement sera « un des grands chantiers » de son quinquennat, mais ses opposants dénoncent une mesure discriminatoire et inefficace face à la crise actuelle du logement.



