Gérard Estragon raconte ses étés inoubliables à Toulon
Gérard Estragon : ses étés inoubliables à Toulon

Dans notre série des souvenirs estivaux particuliers, deux épisodes précis ont marqué Gérard Estragon, romancier toulonnais à succès et féru d'histoire. Très sportif aussi, il nous raconte, autour d'un café matinal, ses premières vacances au bord de la mer, lui qui venait de la campagne profonde française. Grand écart.

Arrivée à Toulon en 1952

« J'avais 14 ans et je sortais tout juste du pensionnat. Ma découverte de Toulon s'est produite à l'été 1952 lorsque mon père a été nommé directeur d'un grand magasin à Toulon. Toute la famille l'a suivi. Moi et ma mère avons été envoyés en éclaireurs ! », se souvient Gérard, par ailleurs président varois de l'ANACR.

« On habitait un appartement en rez-de-jardin, avenue Pierre Loti. Cela n'était pas très grand, loin s'en faut, car nos moyens étaient plus que limités. Mais ce qui m'a frappé tout de suite, c'était la nature d'ici : les lauriers roses, les plantes exotiques, les parfums, et surtout les cigales qui faisaient un bruit d'enfer ! Vous n'imaginez pas ce que ça produit lorsque vous ne connaissez pas… »

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Les criques du Mourillon

Stupeur aussi quand il découvre les collines de Toulon, le relief. Et les criques du Mourillon. « Car il n'y avait pas de plages à cette époque : juste des criques, grandes comme des mouchoirs de poche, où on allait se baigner avec les copains. Je me souviens qu'il y avait la crique de la Source, celle de la Pyramide et celle du Figuier. Les vieux Toulonnais doivent s'en rappeler (rires). On faisait attention car tout était brut de décoffrage. Il y avait souvent des éboulis. Des figuiers sauvages aussi… Les herbiers de posidonies venaient jusque sur le sable, c'était dingue ! »

Et Gérard de poursuivre, l'œil malicieux : « Un jour, j'ai aussi découvert les plages de La Mitre. Il s'agissait de petites anses dont l'accès était réservé aux familles de militaires. Mais, vu qu'on louait notre appartement à un officier de marine, on avait sympathisé avec sa fille qui nous emmenait là-bas. »

Première plongée sous-marine

Et là, choc à nouveau : « Un jour, elle m'a prêté son masque marin et, pour la première fois, j'ai vu sous l'eau ! Anémones de mer, orties de mer, étoiles de mer : c'était ahurissant. C'est à ce moment-là que ma fascination pour l'univers marin a commencé. On avait tout, sous nos yeux, tout près ! C'était merveilleux. »

Châteauvallon et les concerts de jazz en 1966

Soudain, Gérard Estragon s'interrompt et fait un saut dans le temps : à l'été 1966. « J'avais une trentaine d'années, je travaillais. Je m'étais fait ma petite place à Toulon. Et donc je sortais. C'est cette année-là que j'ai découvert Châteauvallon, le centre d'art dirigé alors par Gérard Paquet. Au départ, c'était une vieille bastide que Gérard et ses copains ont transformée. Croyez-moi ou pas mais c'est là que j'ai vu les plus grands concerts de ma vie : le saxophoniste de jazz Archie Shepp, Michel Portal… Tous les grands du jazz mondial passaient par Châteauvallon. J'ai aussi vu l'Art Ensemble of Chicago qui jouait un free-jazz unique. Les concerts avaient lieu sous le ciel étoilé : de vrais moments de grâce. J'y ai aussi découvert la danse contemporaine. Châteauvallon était à l'avant-garde dans beaucoup de domaines. »

La Gazette en chansons

Enfin, un souvenir ultime jaillit : « Ah oui, un dernier souvenir d'été pour moi, plus ancien. J'ose ? Les spectacles qu'il y avait en ville en juillet et août. Ils étaient organisés par Var-matin qui s'appelait alors République. C'était gratuit pour tout le monde et les grands artistes de variété de l'époque venaient se produire chaque année dans différents quartiers de la ville. Ça s'appelait la Gazette en chansons. J'adorais ! On y allait avec ma mère. C'était l'occasion de sortir… Et de se coucher tard ! »

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale