Ils étaient faits l'un pour l'autre, pour le meilleur et surtout pour le pire. Fred West rencontre Rosemary en 1969, à Gloucester, en Angleterre. Elle a 15 ans, lui 27. Il est déjà un criminel expérimenté ; elle va devenir son « apprentie » avant de finir, selon Howard Sounes, par dépasser le maître.
Leur histoire commence à un arrêt de bus, comme dans une comédie romantique. Rose, alors âgée de 15 ans, est moins attirée par cet homme de douze ans son aîné que flattée par l'intérêt qu'il lui porte. Elle cède rapidement à ses avances, contre l'avis de son père. Howard Sounes, l'un des premiers journalistes anglais à avoir enquêté sur le couple et auteur de plusieurs ouvrages sur l'affaire, raconte que Rose était « en quelque sorte son apprentie » et qu'elle est devenue « la plus violente des deux au fil du temps ».
Un prédateur déjà aguerri
La carrière criminelle de Fred West a commencé bien avant cette rencontre. Victime de violences sexuelles pendant son enfance, il est accusé par sa petite sœur de 13 ans de l'avoir violée. L'adolescente ne souhaitant pas poursuivre, il échappe à toute condamnation. En 1967, il tue sa maîtresse Anne McFall, 18 ans et enceinte de lui, car sa première femme est jalouse. Personne ne signale la disparition de la jeune victime, laissant le champ libre à Fred West.
La dépouille d'Anne McFall porte déjà sa signature : doigts et orteils découpés, rotules arrachées. « Fred était un homme apparemment affable, dont les blagues et les plaisanteries n'étaient qu'une façade derrière laquelle se cachait un psychopathe sexuel », précise le journaliste anglais. Rose, elle, « était moins extravertie mais avait un tempérament violent ». L'un de ses petits frères a expliqué à la justice avoir été agressé sexuellement par sa sœur lorsqu'elle avait 13 ans. Les victimes survivantes raconteront lors du procès de Rose West qu'elle était de loin la plus calculatrice, agressive et dominatrice des deux. « Tous deux étaient sexuellement dépravés », insiste Howard Sounes.
Charmaine, première victime de Rose
Avant d'être la « maison de l'horreur », le domicile du couple au 25 Cromwell Street semblait abriter une famille ordinaire. Fred a la charge de deux enfants issus de son premier mariage : sa fille Anne Marie et sa belle-fille Charmaine. Anne Marie assure avoir été victime de maltraitances physiques et psychologiques. Charmaine, elle, n'est plus là pour raconter. Elle est la première victime de Rose West, tuée le 24 juin 1971, à 8 ans, pendant que Fred purge une peine de prison pour vol. Son corps est d'abord caché dans la cave, puis enterré par Fred sous la fenêtre de la cuisine de leur premier logement.
Inquiète de ne pas avoir de nouvelles, la mère de Charmaine confronte le couple quelques semaines plus tard. C'est la dernière fois qu'elle est vue vivante. Ses restes seront retrouvés en 1994, non loin de l'endroit où Anne McFall a été enterrée. En 1972, Rose et Fred se marient et emménagent au 25 Cromwell Street avec Anne Marie et Heather, leur fille. La maison de deux étages abritera les pires sévices.
Des victimes au profil isolé
Le couple « chasse » en duo : ils appâtent des jeunes filles isolées, les ramènent chez eux, puis les torturent, violent et tuent. Toutes les victimes ont le même profil. « Les parents sont divorcés, elles ont été abandonnées, ont fini en foyer », explique sur RTL Corinne Philippe, autrice du livre « Frederick & Rosemary West : la maison de l'horreur ».
Leur première victime, Caroline Owens, 17 ans, a pourtant réussi à s'extraire de leurs griffes. Engagée en 1972 pour s'occuper des enfants West alors qu'elle faisait du stop, elle est agressée, assommée, attachée et violée. Le couple la libère après lui avoir fait promettre de ne rien dire. Elle désobéit et se rend au commissariat, mais la justice ne saisit pas l'ampleur des faits : les West sont condamnés à une modeste amende de 50 livres chacun pour attentat à la pudeur.
À partir de cette affaire, ils ne laissent aucune chance à leurs victimes, systématiquement assassinées. L'une d'elles est retrouvée avec la mâchoire recouverte de ruban adhésif et de sparadrap, seuls deux petits trous au niveau des narines permettant d'introduire des tubes pour respirer tout en l'empêchant de crier. Pendant deux décennies, ils tuent en toute impunité. Les huit enfants du couple grandissent dans un monde de vices et de sévices ; une de leurs filles raconte qu'elle jouait avec les robes des victimes sans le savoir.
La disparition d'Heather fait basculer l'affaire
Tout bascule en 1994. Une enquête est ouverte après la disparition d'Heather, la fille du couple, âgée de 16 ans et scolarisée, sans nouvelles depuis plusieurs semaines. Les enquêteurs, qui soupçonnent ses parents de l'avoir tuée, procèdent à des fouilles dans le jardin. Ils déterrent deux jambes droites, puis neuf cadavres démembrés ou décapités, dont celui d'Heather, entièrement démembré. « Je lui ai coupé la tête », a avoué Fred West pendant l'enquête, rapporte Howard Sounes.
Les policiers cherchent alors d'autres victimes à l'ancienne adresse des West et retrouvent les dépouilles d'Anne McFall, de Charmaine et de la première femme de Fred. Au total, « douze corps ont été retrouvés, mais une treizième victime a été identifiée et il pourrait y en avoir d'autres », assure le journaliste. De nombreuses jeunes filles ont disparu dans le secteur de Gloucester.
Une affaire qui hante l'Angleterre
Les deux époux sont arrêtés. Rose West purge une peine à perpétuité en ayant inlassablement clamé son innocence. Fred West, lui, se pend dans sa cellule au début de 1995. L'affaire a marqué « pour toujours » les esprits en Angleterre. « Elle s'inscrit dans la même lignée sinistre que Jack l'Éventreur », compare encore Howard Sounes. Le nom de Cromwell Street, associé à la maison de l'horreur, reste l'un des plus sombres de l'histoire criminelle britannique.



