Le parquet national antiterroriste (PNAT) a ouvert une enquête préliminaire, notamment pour « association de malfaiteurs en vue de la préparation d'actes de terrorisme », après les menaces proférées par le Front de libération nationale corse – Union des Combattants (FLNC-UC) lors d'une conférence de presse clandestine. Cette dernière, la première depuis 2024, a été révélée mercredi soir par le quotidien local « Corse-Matin », seul média autorisé à y participer.
Menaces contre les « envahisseurs » non-corses
Dans un communiqué de cinq pages lu intégralement, le groupuscule clandestin a vivement rejeté le projet d'autonomie de la Corse, actuellement examiné au Parlement, ainsi que tous ses soutiens. Il a également menacé les « envahisseurs » non-corses sur l'île, les appelant à « rester chez vous » et avertissant que « dans le cas contraire, ne vous considérez pas en sécurité sur notre territoire national ».
Le PNAT a également indiqué que les investigations portent sur « l'acquisition, détention et transport d'armes, de munitions ou d'éléments d'armes de la catégorie A et B en relation avec une entreprise terroriste », selon les informations rapportées par l'AFP.
Rejet du processus Beauvau et des soutiens
Devant une large affiche FLNC, une quinzaine d'individus cagoulés et armés de fusils et pistolets-mitrailleurs, dans un lieu tenu secret et à une date non spécifiée, ont qualifié le processus visant à donner une autonomie à la Corse dans la République, approuvé le 23 juin par l'Assemblée nationale, de « mascarade ». Comme lors de leur précédente conférence de presse clandestine en janvier 2024, ils estiment que le projet de loi constitutionnelle, qui doit être examiné au Sénat à partir du 21 octobre, « aboutit à la négation de l'existence de notre peuple et au reniement des principales revendications de ces dernières décennies ».
Le groupuscule critique tous les soutiens de ce processus : les partis nationalistes (les autonomistes de Femu a Corsica, les indépendantistes de Core in Fronte, les autonomistes d'opposition du Parti de la nation corse), en assurant que ceux « qui s'expriment au nom du mouvement national, tout en soutenant le dit processus Beauvau, commettent une duperie sans précédent à l'égard de notre peuple ». Les clandestins s'en prennent aussi aux « manipulateurs haut placés », à la « caste de groupes financiers corses » et aux collectifs antimafia, sans les nommer, mais en assurant ne jamais pouvoir « être aux côtés de ceux qui soutiennent les logiques » de « justices d'exception », défendues par les collectifs.
Appel à un nouveau rapport de force
Sans préciser comment, ils appellent le mouvement national, « celui de la résistance », à trouver « les voies et les moyens de créer un nouveau rapport de force politique ». Cette communication intervient juste avant les journées internationales de Corte (Haute-Corse), organisées samedi et dimanche par le parti indépendantiste et pro-lutte armée Nazione, qui réunissent les voix indépendantistes guyanaise, martiniquaise, guadeloupéenne, comorienne, calédonienne, catalane et basque.
Plus menaçant, ils attaquent « la colonisation de peuplement galopante » représentée par « l'arrivée massive de près de 5 000 étrangers, dont une grande majorité de Français », sur l'île chaque année, que ce soit pour y travailler ou du fait de l'augmentation « démentielle » des résidences secondaires.
Contexte et antécédents
Le FLNC, apparu pour la première fois en 1976, avec une profession de foi retrouvée dans les décombres de 18 attentats lors d'une première « nuit bleue », est depuis devenu une nébuleuse opaque, résultat de scissions, luttes fratricides et recompositions. La dernière « nuit bleue » que le mouvement a revendiquée remonte à octobre 2023, lorsque 45 explosions avaient visé principalement des résidences secondaires mais aussi un centre des impôts désaffecté à Ajaccio, sans faire de blessés. Cette nouvelle menace intervient alors que le FLNC a marqué ses 50 ans d'existence en mai dernier.



