Monaco : les pompiers s'entraînent aux risques technologiques
Monaco : les pompiers s'entraînent aux risques technologiques

Alors que la Principauté de Monaco est exposée à un grand nombre de risques sur un territoire de seulement 2 km², les sapeurs-pompiers de Monaco se forment tout au long de l'année pour anticiper les dangers. Ce lundi 28 septembre 2026, le groupe d'intervention des risques technologiques a réalisé un exercice de maintien des acquis au centre d'opération de Fontvieille, simulant une fuite de toluène, un liquide toxique et très inflammable.

Une simulation réaliste au centre de Fontvieille

Il est 10 heures lorsque les sapeurs-pompiers se mettent en ordre de marche pour l'entraînement du jour. Le scénario est simple en apparence mais complexe à gérer : une fuite sur une cuve de toluène. « Une fuite est en cours sur une cuve de toluène, un liquide toxique très inflammable », explique le sergent-chef Damien Boulanger, référent de la spécialité. Pendant de longues minutes, les gestes de chaque pompier sont observés pour relever la moindre erreur qui pourrait être fatale lors d'une vraie intervention.

Avant l'intervention, les équipes se mettent en place. Les camions rouges se positionnent sur le parking, tandis que les postes mobiles sont installés en retrait pour fournir le matériel nécessaire. « Les équipes généralistes sont arrivées en premier sur les lieux avec leur camion, ont constaté la fuite et ont dispersé de la mousse pour éviter la propagation d'émanations », simule le sergent-chef. « Ils ont établi un périmètre à l'aide de rubalises. Sauf que pour gérer la fuite, ils sont limités. Ils n'ont pas l'équipement adéquat, donc ils font appel à nous, spécialistes. »

Un procédé minutieux et une décontamination stricte

Deux pompiers enfilent leur scaphandre anti-gaz pour intervenir sur la fuite. Pendant ce temps, l'équipe primo-intervenante installe les rubalises et le SAS de sécurité, puis asperge la cuve de mousse pour coller à la réalité. « On a mis une étiquette sur la cuve avec un code qui correspond au liquide présent à l'intérieur », glisse le sergent-chef Boulanger. « Chaque produit a son code. Au moment d'intervenir, le chef d'opération va voir qu'il s'agit du toluène et va prendre ses fiches avec toutes les propriétés physico-chimiques pour savoir s'il peut y avoir des émanations, par exemple. »

Sur un tableau blanc, le chef d'opération note toutes les caractéristiques de l'intervention : la source, le flux, les cibles. « C'est là que toutes les informations sont synthétisées pour le commandant des opérations de secours : la source, le flux, les cibles », précise-t-il. Une fois l'installation terminée, le feu vert est donné. L'objectif : placer un cylindre d'obturation dans le tube fuyant. Pour cela, les deux soldats du feu utilisent un coussin qu'ils introduisent dans le conduit puis gonflent à distance. Rempli d'air, il épouse les parois du tube et interrompt la fuite. « Ensuite, on va faire des relevés atmosphériques pour voir si, même après la résolution de la fuite, on a encore des émanations de toluène qui pourraient nuire aux personnes à proximité. »

La mission est un succès en quelques minutes. Les intervenants traversent le SAS représenté par des rubalises et une bâche au sol, puis subissent une décontamination avant de ressortir de la zone. Après le nettoyage, place au débriefing. « Le chef d'unité va faire remonter son ressenti qu'on croise avec le mien », résume le sergent-chef Boulanger. « C'est de l'auto-évaluation. » Le commandant Stéphane Vincent, chef du bureau de planification et de conduite des opérations des sapeurs-pompiers de Monaco, ajoute : « On revient sur les points positifs et perfectibles. De toute manière, on n'accepte pas l'erreur. Si, au cours de la manœuvre, on voit qu'il y en a une, on arrête tout et on discute de ce qui ne va pas avant de reprendre. »

Des spécificités techniques et une exposition unique aux risques

Le sergent-chef Boulanger liste les spécificités du groupe d'intervention des risques technologiques. « La première, c'est la tenue. Elles sont difficiles à manœuvrer en raison de l'encombrement et de la difficulté de communication à cause des appareils respiratoires. Le matériel est aussi complexe à manier. Ce n'est pas évident d'obturer une fuite ou de relever une mesure avec des gants. » Autre particularité, l'appétence pour la dimension scientifique. « Il faut s'intéresser aux caractéristiques physico-chimiques des produits et les risques qu'ils comportent et trouver des solutions pour régler les problèmes qui se présentent en pleine opération. »

La Principauté est exposée à l'ensemble des risques, sauf l'avalanche, sur une superficie de 2 km² seulement. « La Principauté est soumise à l'ensemble des risques, sauf l'avalanche, sur une superficie de 2 km² seulement », souligne le commandant Stéphane Vincent. Entre reliefs, risques sismiques, chimiques, radiologiques, d'inondations et la proximité avec la Méditerranée, rares sont les pays à être exposés à autant de risques sur un aussi petit territoire. Pour y répondre, la cité-État forme ses soldats du feu à travers différentes spécialités qui dépassent l'enseignement commun. « Il faut savoir que les sapeurs-pompiers de Monaco ont un tronc commun qui est le risque courant. C'est ce qu'on appelle le secours à la personne, les incendies, les interventions diverses pour des animaux ou en cas de panne d'ascenseur », liste le commandant Vincent.

La Principauté est également soumise à des risques dits « complexes », comme les risques chimiques et radiologiques, caractérisés par la manipulation de produits dangereux au sein des entreprises industrielles à Fontvieille, la manipulation de produits utilisés pour la chimiothérapie au CHPG, ou encore le transport de produits chimiques pour l'entretien des piscines. Ce sont les risques technologiques. Pour y répondre, des groupes de sapeurs-pompiers spécialisés ont été créés. Tout au long de l'année, des formations de maintien des acquis de 2 à 3 heures ont lieu une ou deux fois par semaine. « Il y a un programme avec des modules et le sapeur-pompier doit les avoir tous faits à la fin de l'année pour ne pas perdre en compétences, car ce sont des opérations relativement rares et techniques. »

L'objectif est de se mettre le plus possible en conditions réelles. « Comme on dit : entraînement difficile, intervention facile », glisse le commandant Vincent, qui avoue corser les entraînements pour que les interventions paraissent plus « faciles » le jour J. « L'objectif est de s'améliorer en permanence. On est bon tant qu'on s'entraîne. Si on arrête de s'entraîner, on perdra en compétence et on sera moins bon. »