Feria de Béziers 2026 : les salaires des toreros dévoilés
Feria de Béziers 2026 : salaires des toreros dévoilés

À l'approche de la Feria de Béziers 2026, la question des rémunérations des toreros reste un sujet tabou dans le milieu taurin. Midi Libre a enquêté sur les émoluments des hommes en piste, révélant des écarts considérables entre les figuras et la majorité des professionnels.

Des cachets mirobolants pour les figuras

Les plus grandes figuras du toreo peuvent toucher des sommes vertigineuses. Selon des informations rapportées par Midi Libre, un cachet proche de 600 000 euros pour deux toros est évoqué pour le retour de Morante de la Puebla à Madrid le 12 octobre prochain. Cette somme reflète la libéralisation des prix sur les places hors abonnement à Las Ventas, qui a fait grimper les rémunérations.

Le Péruvien Andres Roca Rey, considéré comme le torero le mieux rémunéré actuellement, exigerait plus de 120 000 euros pour faire le paseo dans une arène de première catégorie classique en France et en Espagne. Ses statistiques impressionnent : 83 paseos en 2023 et 78 en 2024. Cependant, ces rémunérations restent réservées à une minorité de toreros.

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Les minimums syndicaux pour la majorité

La grande majorité des toreros est rémunérée autour du minimum syndical, fixé par le « convenio » espagnol, qui a sa déclinaison en France. Trois catégories de matadors existent, dictant la rémunération minimale selon la catégorie de l'arène. Le groupe A est réservé aux toreros avec plus de 37 paseos en Europe ; seul Sébastien Castella en fait partie en France. Le groupe B intègre ceux qui ont réalisé entre 13 et 36 contrats, avec un seul Français : Clemente. Tous les autres sont dans le groupe C.

Pour 2026, un torero du groupe A percevra un minimum de 24 292 euros dans une arène de première catégorie, incluant 6 647 euros d'émoluments personnels, 10 446 euros pour sa cuadrilla et 7 199 euros de frais. Pour le groupe C, la rémunération personnelle minimale descend à 4 256 euros en arène de première catégorie (comme Nîmes, Arles et Béziers), 3 529 euros en deuxième (Istres et Céret) et 2 230 euros dans les plazas de moindre catégorie. De ces honoraires, il faut retrancher la commission de l'apoderado (agent), généralement négociée entre 10 et 15 %.

Les cuadrillas et leurs revenus

Les picadors et banderilleros d'un torero du groupe A reçoivent 1 931 euros par corrida dans une arène de première catégorie, tandis que le « tercero » (puntillero) touche 1 544 euros. Le valet d'épée et son « ayuda » ont également un montant fixé par la convention. Des droits à l'image peuvent s'ajouter lorsque les corridas sont télévisées, ainsi que les frais de logement et de bouche. Une minorité de banderilleros, chez les grandes figuras, peut bénéficier de bonus pour attirer les meilleurs professionnels.

Cependant, les picadors et banderilleros français officient souvent avec des matadors des groupes B et C, et leurs honoraires chutent alors à 1 485 euros en arène de première catégorie et 1 070 euros en « troisième ». La situation financière de ces professionnels est souvent fragile, et beaucoup doivent cumuler un autre emploi s'ils n'atteignent pas le nombre de dates minimales pour bénéficier du chômage des intermittents du spectacle.

Le protectionnisme sud-américain en débat

Face à ces disparités, des voix s'élèvent pour protéger les professionnels français en imposant un minimum de présence en France, une pratique adoptée de longue date en Amérique Latine. Au Mexique, les conventions syndicales imposent la présence de toreros locaux dans chaque cartel, ainsi qu'un certain nombre de banderilleros et de picadors pour les toreros étrangers. La Colombie a également pris des mesures dans le même esprit.

Mais les organisateurs revendiquent leur liberté pour construire la meilleure programmation, invoquant le mérite plutôt que le protectionnisme. Le sujet est complexe pour les cuadrillas, car un torero se joue la vie face aux toros et veut le faire avec les picadors et banderilleros avec qui il s'entraîne et torée toute l'année. Cette enquête de Midi Libre éclaire un aspect méconnu de la tauromachie, où l'argent reste un sujet délicat, entre rêve et réalité économique.

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