Haut-Rhin : un enfant séquestré pendant plus d'un an dans une camionnette, l'enquête s'élargit
Après l'effroi et la sidération, les interrogations se multiplient. Comment un garçonnet de 9 ans a-t-il pu être séquestré pendant plus d'une année entière dans une simple camionnette dans le Haut-Rhin, sans que personne ne s'en aperçoive ? Y a-t-il eu des manquements graves de la part de l'entourage ou des institutions ? Pourquoi aucune alerte n'a-t-elle été donnée par sa famille, par l'école, ou par un médecin ? Ce sont précisément ces questions qui sont au cœur de l'information judiciaire ouverte par le parquet de Mulhouse ce vendredi.
Un père et une belle-mère mis en examen, mais l'enquête se poursuit
Pour l'instant, seuls le père et la belle-mère de l'enfant ont été mis en examen dans cette affaire vertigineuse. L'enquête en cours « permettra de déterminer le niveau de responsabilité de chacun dans ce drame et, éventuellement, de savoir si d'autres personnes ont pu avoir connaissance de la situation de l'enfant sans lui porter secours », a précisé le procureur Nicolas Heitz dans un long communiqué. Les investigations visent à éclaircir les circonstances de cette séquestration prolongée.
Une découverte macabre après un signalement de voisine
L'enfant a été découvert par les gendarmes le lundi 6 avril, suite au signalement d'une voisine qui affirmait avoir entendu des « bruits d'enfants » provenant d'une camionnette stationnée dans un lotissement paisible d'Hagenbach, près de Mulhouse. Selon les premiers éléments de l'enquête, il s'y trouvait depuis l'automne 2024, alors qu'il n'avait que 7 ans. Placé en garde à vue, le père a reconnu les faits, expliquant avoir agi pour « le protéger car sa compagne voulait le faire interner en psychiatrie ». Une version que cette dernière conteste catégoriquement, affirmant que son compagnon lui avait indiqué que l'enfant était interné, ce qu'elle a cru.
L'entourage dupé par des explications trompeuses
Lors de leur audition, l'entourage du couple a déclaré penser, eux aussi, que l'enfant était interné en psychiatrie. Une version qu'ils n'ont apparemment pas remise en question. Le père donnait la même explication aux voisins qui s'étaient inquiétés de la disparition « du jour au lendemain » du petit garçon. La sœur aînée de la victime, aujourd'hui âgée de 12 ans, a indiqué aux gendarmes que son frère et elle vivaient chez leur père depuis quatre ou cinq ans, leur mère ayant des problèmes psychologiques. Elle a rapporté que son frère aurait « changé de comportement » au début de l'année 2024 et qu'elle n'avait plus eu de nouvelles de lui deux mois après la rentrée 2024. Sa demi-sœur de 10 ans, la fille de la compagne de son père, a précisé avoir déjà entendu du bruit dans la camionnette, mais son beau-père lui avait répondu qu'il s'agissait d'un chat.
Des manquements institutionnels sous la loupe de l'enquête
La famille ne semble pas avoir été suivie par les services sociaux, ce qui soulève de sérieuses questions. Comment expliquer que l'institution scolaire n'ait pas donné l'alerte ? Le garçonnet était scolarisé en CP jusqu'en 2023/2024 à Mulhouse et décrit comme un très bon élève, bien loin des problèmes psychiatriques évoqués par son entourage. L'école aurait classé son dossier lorsque la famille a indiqué qu'il serait scolarisé ailleurs pour la suite de son cursus. La famille a effectivement déménagé, mais dans la même académie. Pourquoi n'y a-t-il pas eu de suivi ? Et ce, alors que les deux autres fillettes étaient scolarisées normalement.
D'autres professionnels potentiellement impliqués
D'autres professionnels, tels que des médecins ou un juge aux affaires familiales, ont-ils manqué de vigilance ? Les voisins ont reconnu avoir parfois entendu du bruit dans l'appartement lorsque la famille était absente – jusqu'à l'été 2025, le père laissait son fils y accéder lorsqu'ils n'y étaient pas. Mais selon eux, le père de famille a indiqué qu'il s'agissait d'un chat. En cas de manquement avéré, le magistrat pourrait ouvrir d'autres poursuites pour « non-dénonciation de mauvais traitements ». Le père a été placé en détention, sa compagne sous contrôle judiciaire, et les enfants ont été placés en protection.



