Climat : l'agriculture conventionnelle sourde aux recommandations scientifiques
Climat : l'agriculture conventionnelle sourde à la science

Dans une tribune publiée par Le Monde le 14 août 2026, un collectif de chercheurs et d'experts du climat dénonce l'inaction de l'agriculture dite conventionnelle face au changement climatique. Selon eux, ce secteur est le seul à « faire la sourde oreille » aux recommandations scientifiques, alors que tous les autres domaines d'activité ont engagé des transitions, même partielles.

Un secteur à la traîne dans la transition climatique

Les auteurs de la tribune, dont les noms ne sont pas précisés dans l'article, s'appuient sur les travaux du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) et sur les rapports du Haut Conseil pour le climat. Ils rappellent que l'agriculture représente environ 19 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, un chiffre qui n'a pas diminué depuis 2010. « Alors que l'industrie, les transports et le bâtiment ont commencé à réduire leur empreinte carbone, l'agriculture conventionnelle reste figée dans des pratiques intensives », écrivent-ils.

Les chercheurs pointent du doigt le recours massif aux engrais azotés de synthèse, responsables de fortes émissions de protoxyde d'azote, un gaz au pouvoir réchauffant 300 fois supérieur à celui du CO2. Ils soulignent également l'élevage intensif, qui génère du méthane, et la déforestation liée à l'extension des terres cultivées. « Les solutions existent : agroécologie, agriculture de conservation, réduction de la consommation de viande. Mais elles restent marginales », déplorent-ils.

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Des recommandations scientifiques ignorées

La tribune rappelle que le GIEC recommande, depuis 2019, une réduction de 30 % des émissions agricoles d'ici 2030 pour respecter l'accord de Paris. Le Haut Conseil pour le climat, dans son rapport annuel de 2025, a réitéré ces préconisations, en soulignant l'urgence d'agir. Or, selon les auteurs, aucune politique publique contraignante n'a été mise en œuvre pour contraindre ce secteur à évoluer.

« Les subventions agricoles de la politique agricole commune (PAC) continuent de favoriser les pratiques intensives, alors qu'elles pourraient être conditionnées à des critères environnementaux stricts », affirment-ils. Ils citent l'exemple de la France, où 9 milliards d'euros sont versés chaque année aux agriculteurs, dont moins de 10 % sont liés à des mesures écologiques. Une situation qui contraste avec les efforts demandés aux autres secteurs, comme l'industrie automobile ou l'énergie.

Des conséquences déjà visibles

Les chercheurs alertent sur les conséquences concrètes de cette inertie : sécheresses plus fréquentes, baisse des rendements, érosion des sols, perte de biodiversité. Ils citent une étude de l'INRAE (Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement) montrant que les rendements de blé en France pourraient chuter de 20 % d'ici 2050 si rien n'est fait. « L'agriculture conventionnelle est à la fois victime et responsable du changement climatique », résument-ils.

Face à ce constat, les auteurs appellent à un « sursaut » : ils demandent aux pouvoirs publics de conditionner les aides agricoles à des pratiques bas carbone, de soutenir la recherche en agroécologie et de sensibiliser les consommateurs. Ils concluent en affirmant que « la transition agricole est une opportunité pour les agriculteurs, à condition de les accompagner financièrement et techniquement ».

La tribune intervient alors que le gouvernement français prépare sa stratégie nationale bas carbone pour la période 2027-2033, qui doit être présentée à l'automne. Les organisations professionnelles agricoles, comme la FNSEA, n'ont pas encore réagi à ces propositions. Mais le débat est lancé, et il sera sans doute au cœur des discussions de la prochaine loi agricole, attendue pour 2027.

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