Dix ans après l'attentat du 14 juillet 2016 sur la promenade des Anglais à Nice, le Samu et le CHU de Nice ont considérablement renforcé leur préparation face au risque terroriste. Le Dr Nicolas Galiano, responsable de la filière gestion de crise du Samu 06, détaille l'évolution des formations et des procédures depuis cette tragédie qui a fait 86 morts et des centaines de blessés.
Une expérience unique transformée en formation
Le Dr Galiano, référent médical du Samu 06 et référent régional pour le risque chimique, explique que l'attentat a marqué un avant et un après à l'hôpital. « On sait de quoi on est capable, on a testé en réel des procédures écrites », confie-t-il. Les équipes niçoises ont acquis un « coup d'avance » grâce à ce retour d'expérience, qu'elles ont partagé avec leurs collègues de toute la France.
La collaboration entre les services de l'Armée et les services civils (pompiers, Samu) s'est accélérée après les attentats de 2015 (Charlie Hebdo, 13-Novembre). Le Dr Galiano a lui-même bénéficié d'une formation militaire pour la prise en charge des victimes par arme à feu ou explosifs, qu'il a ensuite dispensée localement.
Des scénarios de guerre auxquels se préparer
Les armes de guerre, comme les fusils semi-automatiques, imposent des défis médicaux spécifiques : « Ce sont des coups en rafale, donc de très nombreuses victimes, des munitions à haute vélocité qui font d'énormes dégâts, notamment des hémorragies », détaille le Dr Galiano. L'objectif est d'amener le patient au bloc opératoire dans l'heure, un challenge médical d'autant plus complexe que les victimes ne sont pas toujours accessibles immédiatement.
Les formations portent sur la sécurité des intervenants, le repérage rapide des victimes (catégorisation) et leur médicalisation vers l'hôpital. La qualité première recherchée est le sang-froid : « Garder son sang-froid, se concentrer sur ce qu'on maîtrise, et savoir regarder au-delà du malade pour évaluer la situation », insiste le médecin.
Des exercices réguliers et des infrastructures adaptées
Le CHU de Nice organise des sessions de formation et des exercices au niveau départemental, sous l'égide de la préfecture. Le Dr Galiano souligne l'importance du déménagement du CHU de Saint-Roch à Pasteur quelques mois avant l'attentat : « Nous n'avions pas du tout les mêmes locaux, les mêmes surfaces, la même capacité de prise en charge. » Un exercice surprise en mai 2016 avait simulé l'arrivée de nombreuses victimes aux urgences à 22h30, permettant d'adapter les procédures.
Depuis dix ans, le dispositif s'est renforcé : modification des circuits internes, amélioration du matériel, augmentation de la capacité de réanimation et des blocs opératoires. « On a plus d'expérience, plus de personnels formés sur le Pasteur 2 version 2026 », affirme le Dr Galiano.
Un traumatisme qui pousse à être meilleur
Interrogé sur le traumatisme persistant, le Dr Galiano reconnaît : « Chacun a son petit traumatisme avec le 14-Juillet. Cela vous force à être meilleur. On essaie d'en tirer le positif. » Les équipes se préparent désormais à être surprises par n'importe quelle catastrophe, au-delà du seul risque terroriste.
À la question de savoir si l'hôpital saurait mieux faire face aujourd'hui, la réponse est claire : « Oui, car dix ans se sont passés, on a eu des retours d'expérience de catastrophes de ce type... Ce ne serait pas la même chose. »



