Le 25 décembre 2024, Ema, 16 ans, décède au CHU de Nîmes des suites d'une hémorragie interne provoquée par une rupture de la rate, elle-même liée à une mononucléose non diagnostiquée. Ses parents, Aude Garcia et Sébastien Lisolo, ont déposé plainte contre l'hôpital et contre X, dénonçant une prise en charge qu'ils jugent défaillante aux urgences.
Des douleurs abdominales et thoraciques non traitées
Selon le récit des parents rapporté par Midi Libre, Ema souffrait depuis une semaine de douleurs. Le médecin traitant consulté avait diagnostiqué un état grippal. Le 24 décembre, alors qu'elle se trouve à Beaucaire (Gard) avec son père pour le réveillon, l'adolescente fait un malaise, vomit et se plaint de douleurs intenses. Les pompiers constatent une tension à 9, des douleurs abdominales et thoraciques, et la transportent aux urgences du CHU de Nîmes.
« Et là, l'enfer commence. Ils ne font rien. Ils la laissent sur un brancard alors qu'il n'y a que trois patients », affirme Sébastien Lisolo. Selon lui, aucun médicament n'a été administré à sa fille pour calmer sa douleur ou en rechercher l'origine. « Elle se tordait de douleurs sur le brancard », ajoute-t-il.
Un arrêt cardiaque de 27 minutes et une hémorragie interne
Lorsque la mère rejoint sa fille, Ema convulse. Elle est transférée au service de déchocage, dédié aux patients en urgence absolue. Elle subit un premier arrêt cardiaque qui dure 27 minutes. « Personne ne nous tenait au courant. Puis au bout des 27 minutes, on a assisté à un ballet d'infirmières qui transportaient des poches de sang », raconte Aude Garcia, les larmes aux yeux. L'adolescente est victime d'une hémorragie interne. Elle est opérée à deux reprises, mais subit un second arrêt cardiaque. Le médecin annonce aux parents qu'elle ne survivra pas.
Les parents déplorent le manque d'informations pendant les soins. « À chaque fois les nouvelles étaient pires, c'était comme des coups de couteau », témoigne Sébastien Lisolo. Aude Garcia ajoute : « Je lui avais apporté un cadeau de Noël, au cas où elle restait quelques jours. Elle ne l'a jamais ouvert. »
Une mononucléose non décelée et des informations disparues du dossier
Après le décès, les parents obtiennent le dossier médical d'Ema. Ils découvrent que leur fille était atteinte d'une mononucléose, une infection généralement bénigne mais pouvant entraîner de graves complications comme une rupture de la rate. Selon eux, cette infection n'a pas été décelée lors de la prise en charge aux urgences. « Si on lui avait fait une palpation dès le début, quand elle disait qu'elle souffrait, ils auraient pu se rendre compte qu'il y avait un problème. Là, on n'a laissé aucune chance à ma fille. Ils l'ont condamnée », déclare le père.
Les parents constatent également que certaines informations, notamment la mention des douleurs thoraciques notée par les pompiers, ont disparu du dossier médical. « Les pompiers l'avaient noté, mais arrivé aux urgences, l'information a disparu du dossier », assurent-ils. Ils dénoncent aussi le silence de l'hôpital : « La seule chose que l'on a reçue de leur part, c'est une facture de 64 euros pour les frais d'hospitalisation », poursuit la mère.
Le CHU de Nîmes exprime son empathie et collabore avec la justice
Interrogée par Midi Libre, la direction du CHU de Nîmes déclare : « Nous réitérons notre profonde empathie à l'égard de la famille et de tous les proches de la patiente décédée. La perte d'un enfant est une épreuve infiniment douloureuse, et nous comprenons la quête de réponses et de compréhension qui l'accompagne. » Elle précise ne pas pouvoir communiquer sur les démarches de la famille en raison du secret médical, mais ajoute que « l'établissement collabore par ailleurs pleinement avec les autorités saisies dans le cadre de la procédure judiciaire en cours. »
Vingt mois après les faits, Aude Garcia et Sébastien Lisolo attendent l'ouverture d'une information judiciaire. En mars 2025, ils ont lancé une pétition qui a recueilli près de 14 000 signatures. « Et quand je lis toutes ces histoires, je suis accablée. Je me dis qu'on a vraiment envoyé notre fille à l'abattoir », condamne la mère. Des banderoles ont été déployées au-dessus de l'autoroute aux entrées de Nîmes, et d'autres actions sont envisagées. « On est prêt à tout. S'il faut qu'une loi porte le prénom de ma fille, je me battrai. Elle n'a pas le droit d'être partie comme ça dans l'impunité et dans l'indifférence », conclut Sébastien Lisolo.



