Joëlle Dambo, propriétaire de La Crêperie des légendes à Gomené (Côtes-d'Armor), a déposé plainte après avoir été la cible de vagues de commentaires racistes sur les réseaux sociaux. La crêpière, qui a remporté plusieurs distinctions, dont le concours national de la galette de sarrasin de Pipriac et l'émission « Le Meilleur de la Crêpe » de France 3 Bretagne, dénonce une haine gratuite.
Des attaques racistes après le succès
« La honte pour la Bretagne. Qu’elle retourne où est son ADN. Il y en a marre », a écrit un certain Jean-Louis sur la page Facebook du restaurant. Ce message, corrigé pour être compréhensible, illustre la teneur des attaques. « On ne m’attaque pas sur la qualité de mon travail, on m’attaque sur ma couleur de peau, sur mon intégrité. Jamais je ne courberai l’échine. Il est temps de montrer que ces propos sont condamnables », a déclaré Joëlle Dambo.
Avec son avocate, elle a saisi un huissier pour établir un constat numérique des dizaines de commentaires haineux publiés sur ses réseaux sociaux ou ceux de France 3. « J’ai des gens qui commentent systématiquement mes messages pour déverser leur haine. On me dit que ce n’est qu’une poignée d’idiots. Mon mari me dit qu’il ne reconnaît pas sa Bretagne », a-t-elle poursuivi.
Un large soutien mais une absence politique
Depuis qu’elle a pris la parole, Joëlle Dambo reçoit de nombreux soutiens de clients et d’habitants. « On voit des gens qui viennent de Lorient ou de Brest juste pour manger chez nous. Ils sont solidaires. On a des touristes qui nous en parlent. On voit bien que les gens en ont marre de cette impunité en ligne », a-t-elle témoigné. Cependant, elle déplore l’absence totale de réactions politiques : aucun maire, sénateur ou député ne lui a apporté son soutien.
Un parcours exemplaire
Née en France, petite-fille d’un gradé de l’armée, Joëlle Dambo a été clerc d’huissier avant de se reconvertir dans la crêpe. Formée à l’école Crêpes au logis à Questembert (Morbihan), elle a confectionné des galettes de blé noir dans toute la France avec son stand itinérant avant d’ouvrir sa crêperie à Gomené il y a un an et demi. « Ma couleur de peau n’a jamais été un sujet. Jamais. Mais là, c’est un déferlement de haine. On doit se lever et dire non », a-t-elle affirmé.
Un rassemblement de soutien
Un rassemblement de soutien est annoncé ce dimanche devant la crêperie. Ce n’est pas la première fois que la Bretagne est confrontée à des commentaires racistes : en 2024, la photo d’un enfant métisse à la une du magazine Peuple breton avait déjà été la cible d’internautes et de l’extrême droite, suscitant des condamnations unanimes.



