Beltracchi, le faussaire de génie qui a trompé le marché de l'art
Beltracchi, le faussaire qui a trompé le marché de l'art

Wolfgang et Hélène Beltracchi, installés un temps à Mèze dans l'Hérault, ont trompé les plus grands experts du marché de l'art pendant des années. Le couple de faussaires a inventé des tableaux attribués à des maîtres du XXe siècle, comme Ernst, Matisse, Derain, Dufy, Léger ou Braque, sans jamais copier d'œuvres existantes. Leur supercherie a été démasquée en 2010, après la découverte d'un pigment anachronique lors d'une analyse scientifique. Condamné à six ans de prison, Wolfgang Beltracchi signe aujourd'hui ses propres œuvres et expose régulièrement en Europe de l'Est.

Un couple de génies du faux

Wolfgang Beltracchi ne copiait pas des tableaux existants, mais inventait des œuvres inédites que ces artistes auraient pu créer. "Je voulais plonger dans la vie des peintres, me mettre dans leur peau. Il ne s'agissait pas seulement de faire une copie mais je voulais ressentir quelque chose", racontait-il à Midi Libre en 2013. Il utilisait des matériaux de l'époque et de vieilles toiles chinées, dont il gardait le châssis, la poussière et parfois les vieilles étiquettes. Il pouvait réaliser un Cézanne en trois heures, une prouesse issue des défis que lui lançait son père dès l'adolescence.

Hélène Beltracchi, elle, se faisait passer pour une riche héritière et convainquait les experts avec l'aide d'un complice, Otto Schulte-Kellinghaus. Le couple créait de faux documents, comme des photographies d'époque, pour faire croire que les œuvres avaient existé. Les plus grands experts, bernés, délivraient des certificats qui donnaient une vraie valeur aux toiles. La veuve de Max Ernst elle-même déclara un jour qu'un tableau était l'un des plus beaux de son mari, alors qu'il était l'œuvre de Wolfgang Beltracchi. Ce tableau se vendit 1,7 million d'euros avant d'être acheté 7 millions de dollars à New York après une mise aux enchères.

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Une vie entre Fribourg et Mèze

Le couple vivait entre Fribourg en Allemagne et Mèze, dans l'Hérault. Ils étaient arrivés dans la région à la fin des années 1990 en camping-car, avec leurs deux enfants, avant d'habiter Marseillan, puis d'acheter le Domaine des Rivettes à Mèze. Les toiles partaient de leur atelier héraultais, et l'argent qui rentrait nourrissait une certaine démesure : une salle de bains Philippe Starck, un lit à baldaquin, un étang, une chapelle funéraire. Beltracchi avait fait poser des caméras de vidéosurveillance et construire une enceinte aux allures de forteresse.

Le couple passait du camping-car à la Jaguar sans éveiller de soupçons. "Wolfgang disait avoir vendu une brasserie en Allemagne. Il prétendait aussi boursicoter et se rendait souvent en Andorre avec sa Jaguar", racontait son ancien ami et voisin Alain Bray à Midi Libre en 2013. Beltracchi achetait des toiles de Cervera, Flipo et Elisa Fantozzi, et était un habitué de Pézenas où il acquérait des meubles et de vieilles toiles. Il avait également acheté les 26 hectares de vignes entourant sa propriété de Mèze, en demandant à son ami Alain Bray de négocier le prix, car étant étranger, il avait la hantise de se faire pigeonner.

La chute et la condamnation

En 2010, un expert moins crédule demande une analyse scientifique qui met au jour la présence d'un pigment anachronique. La justice ouvre une enquête et place sur écoute la maison de Mèze. Quand la police allemande et la gendarmerie française débarquent dans son atelier, il est étonnamment vide. Le procès s'ouvre en septembre 2011 à Cologne : six ans de prison pour Wolfgang, quatre pour Hélène. Wolfgang bénéficie d'une semi-liberté : la journée, il est dehors, dans son atelier, où il peint ses propres toiles qu'il signe de son vrai nom. La nuit, il dort en prison.

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"Il y a beaucoup de mes peintures au Japon, parce que dans les années 80, les Japonais achetaient beaucoup à Paris et à Londres, et ils ont acquis nombre de mes toiles. Il y a aussi au moins une centaine de livres d'art dans lesquels mes toiles sont publiées", racontait Wolfgang Beltracchi dans une interview pour Pauloeuvreart en 2024. Il avait également confié : "Je n'ai vendu qu'à une douzaine de gros marchands d'art et de maisons de vente aux enchères. Nous l'avons dit à nos clients et ils auraient pu en informer les leurs. Nous leur avons dit qu'ils pourraient nous rendre les tableaux. Bien sûr, sans indiquer expressément lesquels. Nous leur avons signalé : 'Tout ce que vous avez acheté de nous était faux'. Et bien, ils n'ont pas réagi du tout. Il n'y en a pas un seul qui nous a retourné un tableau et remboursé son client…"

Une seconde vie artistique

Il y a dix ans, à la foire de Bâle, Wolfgang Beltracchi avait créé l'événement en apparaissant au milieu de figurants portant des tee-shirts barrés de cette provocation : "Je ne suis pas le vrai Beltracchi". À la même époque, il animait en Suisse "Maître des faussaires", une émission où il s'amusait à peindre le portrait d'une personnalité à la manière d'un grand maître. Aujourd'hui, Wolfgang Beltracchi a son galeriste, signe ses œuvres de son propre nom et expose régulièrement en Europe de l'Est. Rendez-vous avait été pris avec le couple pour une interview, mais les Beltracchi ont, au dernier moment, fait faux bond. Sans contrefaçon.