Annecy accusée d'avoir acheté des journaux pour étouffer une affaire de viol
Annecy accusée d'acheter des journaux pour étouffer un viol

La mairie d'Annecy a-t-elle tenté de censurer un journal local ? D'après une enquête de l'ONG Reporter sans Frontière (RSF) et du journal L'Essor Savoyard, plusieurs conseillers municipaux se seraient rués début juin dans les kiosques à journaux pour étouffer une affaire de viols. Le maire Renaissance d'Annecy, Antoine Armand, est mis en cause.

Une opération d'achat massive de journaux

Le 4 juin dernier, des membres de l'équipe municipale d'Antoine Armand se précipitent dans les bureaux de tabac, grandes surfaces et kiosques de la ville. Leur objectif : acheter tous les exemplaires de L'Essor Savoyard dont la Une est consacrée au témoignage d'un homme accusant le premier adjoint Anthony Granger de viol. Selon l'hebdomadaire régional, qui évoque une véritable « opération » « avec un caractère systématique et une véritable ampleur », 20 points de vente sont ciblés.

« Plus de 900 exemplaires ont disparu en une seule matinée, pour un budget représentant près de 2 300 euros », rapportent RSF et L'Essor Savoyard. Les buralistes de la ville racontent leur surprise face à l'afflux soudain de mystérieux clients. Certains se font passer pour des salariés du journal et font main basse sur près de 150 exemplaires en prétextant une erreur. Un homme en achète une quinzaine pour, assure-t-il, « l'exposé de sa fille ».

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Des élus identifiés par les enquêteurs

En s'appuyant sur les témoignages des buralistes et les images de vidéosurveillance, RSF et L'Essor Savoyard identifient plusieurs personnes directement liées à la mairie d'Annecy. Parmi elles, Myriam Clerc, conseillère spéciale et ancienne collaboratrice parlementaire du maire quand celui-ci était député de Haute-Savoie. Cette dernière dément et évoque une affaire « montée en épingle ».

Sous couvert d'anonymat, une source au cœur de la majorité municipale confirme en revanche la découverte des journalistes. « Des élus ont été appelés pour acheter des journaux. Certains ont accepté, d'autres ont refusé », affirme cette source. Et de justifier : « Je pense que ça a été décidé dans un moment de panique, un geste un peu désespéré. »

La réponse du maire et les suites judiciaires

Contacté par RSF et L'Essor Savoyard, Antoine Armand, ancien ministre d'Emmanuel Macron, assure qu'« aucune consigne n'a été donnée ». « Aucune organisation n'a été mise en place et aucun argent public n'a été mis à disposition, ni par la Ville ni par son cabinet », poursuit le maire d'Annecy. De son côté, le premier adjoint Anthony Granger a été placé en retrait de ses fonctions.

Cette affaire soulève des questions sur la liberté de la presse et les méthodes employées par des élus locaux pour tenter de dissimuler des informations sensibles. RSF a dénoncé une « tentative de censure » et rappelle que l'achat massif de journaux pour en empêcher la diffusion est une pratique autoritaire.

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