Une petite phrase a fait basculer la situation. Peu après la rentrée scolaire 2024, Nicolas G., animateur à l'école Titon dans le 11e arrondissement de Paris, déclare à une fillette de CM2, en présence de ses camarades, qu'il aimerait lui faire « des bisous partout » mais qu'il « ne peut pas ». Les enfants avaient déjà remarqué des comportements déplacés de sa part, mais cette phrase provoque une réaction immédiate. Elles se rendent chez la directrice, qui agit rapidement. L'animateur est suspendu le 15 octobre et, après une enquête, il comparaît ce mardi devant le tribunal correctionnel de Paris pour agressions et harcèlement sexuels sur neuf enfants.
Des alertes ignorées depuis 2021
La question qui se pose est celle de la prévention. Des alertes avaient été émises dès 2021, mais elles n'ont pas été suivies d'effets. Nicolas G., présumé innocent, est soupçonné d'avoir prodigué des « câlins » très serrés, hors contexte, et d'avoir instauré une atmosphère sexualisée. Les faits se déroulaient notamment lors d'ateliers de mangas, où les fillettes devaient reproduire un personnage aux attributs sexuels exagérés et dans des poses suggestives. Les enfants étaient également affublés de surnoms affectueux comme « bébé d'amour, mon lapin, mon petit bébé » et exposés à des récits de violence sexuelle.
Pénélope, mère de Kim*, raconte : « Ma fille a été témoin des histoires d'horreur racontées à l'heure du déjeuner, avec des scènes de viol. » Convoquée par la directrice avec d'autres parents, elle découvre l'ampleur des faits. Le soir même, sa fille confirme les « câlins serrés » et les récits de viols et de séquestration pendant les cours de manga.
Les confidences de Julie
Julie*, une autre fillette, a mis plus de temps à se confier. Ce n'est qu'en novembre, lors de la semaine de lutte contre le harcèlement scolaire, qu'elle parle à ses parents. « Elle m'a dit ''moi aussi j'ai été victime'', ce sont ses mots », se souvient sa mère Brigitte*. Pendant deux semaines, Julie raconte : « Il la prenait dans les bras, serrait fort, passait sur sa poitrine et ''plus bas''. Elle n'a jamais voulu en dire davantage. » Dans sa plainte, Brigitte indique que l'animateur était « assis sur un banc protégé des regards par le groupe » et qu'il « en profitait pour toucher les enfants ». Un autre témoin le décrit comme ayant « un élan d'affection disproportionné à l'égard d'un enfant, qui pouvait se produire quelle que soit l'occasion, sans que des circonstances justifient un rapprochement physique ».
Des signalements non suivis
Si la directrice de l'école a réagi rapidement, la gestion côté périscolaire laisse un goût amer. Le directeur du périscolaire, ou « Référent Educatif Ville » (REV), avait déjà rédigé un rapport en 2021, que 20 Minutes a consulté. À l'époque, une mère s'était plainte du comportement de Nicolas G. La fillette auditionnée avait rapporté de nombreux faits : l'animateur aurait demandé à un enfant s'il voulait « baiser » une petite fille, et aurait lancé « va baiser » à plusieurs fillettes. Ce rapport n'a pas donné lieu à des investigations supplémentaires. Selon la Mairie de Paris, l'ex-responsable du périscolaire ne travaille plus avec des enfants et a été sanctionné en avril.
Des témoignages recueillis lors d'une enquête administrative de la Ville de Paris indiquent que des enseignantes avaient des inquiétudes, mais ces alertes n'ont pas abouti à des inspections approfondies. Une enseignante l'a vu avec une enfant sur les genoux ; une autre l'a vu « systématiquement entouré d'un grand nombre de filles collées à lui physiquement », ce qui lui avait causé un « malaise ».
Des conséquences psychologiques
Les enfants ont réagi différemment : certains n'ont pas développé de symptômes, d'autres ont reçu jusqu'à 15 jours d'ITT. La plupart ont fait des cauchemars et ont eu des problèmes de sommeil. Pour Julie, cet épisode a été une « ouverture violente sur le monde réel », selon sa mère. Elle a changé de vocabulaire et mimait des gestes sexuels observés chez l'animateur.
Malgré tout, les fillettes ont fait preuve d'un « courage remarquable », selon leur avocate Julie Chalumeau. Elles ont mené une enquête ensemble, allant jusqu'à proposer une pétition contre l'animateur, comme l'avait rapporté Mediapart. Le collectif Sos Périscolaire, qui a contribué à révéler le scandale, espère « une condamnation exemplaire ».
Les parents attendent une réponse judiciaire à la hauteur de ce courage. « Je voudrais que cet animateur soit écarté définitivement du monde de l'enfance, et qu'il y ait des actions conjointes entre l'Education nationale et le périscolaire pour que ceci ne puisse plus se reproduire », demande Brigitte. 20 Minutes a contacté l'animateur, qui n'a pas répondu à notre proposition d'interview.



