Quatre ans après les faits, Sam (1) est toujours traumatisé. Au point d'avoir dû quitter la région, et de ne pas vouloir donner d'informations sur sa situation actuelle. « Par peur des représailles », glisse-t-il. Selon son récit, le jeune homme d'origine polynésienne a été victime en 2022 d'une violente agression sur la place d'Armes, à Toulon, perpétrée par des membres de la famille aujourd'hui mise en examen pour « traite d'êtres humains » et « séquestration ».
Une agression préméditée à coups de club de golf
À l'époque, Sam a 26 ans, habite Toulon depuis une dizaine d'années et travaille au bar El Paso, près du port. L'établissement est un haut lieu de la communauté des îles, qui aime s'y retrouver pour passer du bon temps. Jusqu'à ce que la famille en question ne commence à fréquenter l'établissement. « Ils ont causé pas mal d'histoires. Les clients s'en plaignaient. Après plusieurs incidents, ils ont finalement été interdits d'accès. Mais ils n'ont pas apprécié cette exclusion », se remémore l'ancien serveur.
Un soir, alors qu'il rentre chez lui après son service, il tombe dans une véritable embuscade. « La mère et ses deux fils m'attendaient sur le chemin, dans le noir. Les garçons m'ont attrapé et m'ont fracassé à terre en me tenant les mains dans le dos. La mère est arrivée avec un club de golf et m'a frappé au visage. » La scène décrite est d'une rare violence : « J'ai perdu connaissance. Je me suis réveillé dans une mare de sang, la tête ouverte en deux. La mère s'est acharnée sur moi : avant de me frapper, elle a posé le club sur mon visage, comme pour mesurer. »
Des séquelles physiques et psychologiques durables
Sam est rapidement pris en charge par les pompiers, avant d'être hospitalisé. 18 jours d'ITT lui seront délivrés. Sous le choc, il n'ose plus mettre le nez dehors, reste cloîtré chez lui pendant des jours, avec des envies suicidaires. « Je n'avais qu'une peur : les recroiser. Ils menaçaient de mort l'équipe du bar, ils nous suivaient, c'était invivable ». Rassemblant des enregistrements, vocaux et vidéos comme preuves, Sam est allé porter plainte. « Il n'y a pas eu de suite », déplore-t-il.
La mère et les deux fils sont également mis en examen pour les meurtres de deux militaires disparus, Jacques Pakeso et Mike Gineste. Les analyses se poursuivent afin de déterminer si les ossements découverts dans les Bouches-du-Rhône sont ceux des deux hommes. Tétanisé, Sam préfère alors quitter la région. Une autre serveuse en a fait de même, elle aussi victime d'intimidations. « Je n'ai plus jamais remis les pieds à Toulon, je me relève petit à petit, mais c'est très difficile. J'ai dû changer de vie, partir loin de ma famille pour tenter de me reconstruire. Ma mère a toujours du mal à s'en remettre, car la distance est difficile. Ces gens-là m'ont volé mon insouciance », confie le jeune homme.
Une peur persistante malgré l'incarcération
Malgré l'incarcération des membres du clan familial, le trentenaire est toujours sur ses gardes. Méfiant. « J'ai toujours peur, qu'ils aient envie de se venger. Même enfermés, on ne sait pas de quoi ils sont capables. Ces gens sont dangereux. Vous voyez le diable ? Il est sympa à côté d'eux. »
(1) À la demande de l'intéressé, le prénom a été modifié.



