Climat : les experts régionaux appellent à l'action face aux extrêmes
Climat : les experts régionaux appellent à l'action

Les experts du climat ne peuvent pas dire qu’ils sont surpris. La 3e vague de canicule en France, la sécheresse galopante, les incendies virulents dès les premiers jours d’été ? Non, de surprise, il n’y en a aucune. La production scientifique est abondante, l’horizon du réchauffement décrit, chiffré, constaté. Mais nous semblons toujours découvrir l’urgence climatique.

Le paradoxe de l'urgence et de l'inaction

Voilà le paradoxe apparu en filigrane des débats organisés début juillet à Marseille, à l’occasion des dix ans du Grec-Sud, le groupe d’experts régionaux sur le climat. Créée en 2016 par une poignée de pionniers qui voulaient « animer la réflexion scientifique au niveau régional », l’association (reconnue d’utilité publique) est devenue une référence.

« Nous ne voulons pas nous prendre le mur du changement climatique », image l’enseignante-chercheuse en droit de l’environnement Marie-Laure Lambert, qui préside le conseil scientifique.

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Un réseau de 350 chercheurs et experts

Le travail académique produit par le Grec-Sud s’appuie sur un réseau de 350 chercheurs et experts qui contribuent volontairement aux publications. Ressources en eau, agriculture et forêt, tourisme, santé, pollution… les thématiques sont vastes.

En 2016, au lendemain de la COP 21, s’était ouverte une décennie porteuse d’espoirs. « Ça a été une course pour être prêts. On pensait que l’accord de Paris de 2015 serait mis en application rapidement », confie Joël Guiot, directeur de recherches en géosciences et l’un des fondateurs du Grec-Sud. Le temps qui est passé a montré que « non, les émissions continuent ».

Des aléas climatiques violents et un réchauffement mesuré

Sur la période 2016-2025, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur s’est déjà réchauffée de « + 1,5 °C par rapport à 1976-2005 », a établi Météo France. À l’horizon 2050, le réchauffement attendu est à + 2,2 °C, selon les projections. Ce n’est ni le scénario le plus pessimiste, ni le plus optimiste. Mais dans le Var et les Alpes-Maritimes, ce sera encore un cran au-dessus.

« Pour moi, c’est sûr, il y a un paradoxe, analyse Antoine Nicault, animateur du Grec-Sud. On est face à des aléas climatiques complexes qui se manifestent de façon très violente. Mais dans le même temps, tout ce qui porte la connaissance dans les territoires, montre des solutions concrètes, est sous-estimé et un peu malmené. »

Des difficultés financières pour le Grec-Sud

Au niveau régional, le Grec-Sud a connu son lot de difficultés, financières, à l’automne dernier. Six mois plus tard, le besoin de soutien est toujours d’actualité. « Nous manquons de garanties et sommes, à nouveau, en procédure d’alerte, à la recherche de financements pérennes », explique Antoine Nicault. « L’appel à des fondations privées » est une piste. Le soutien de l’État est acté pour des projets en cours d’élaboration en Dracénie (Var) et sur trois îles méditerranéennes, Lérins (Alpes-Maritimes), Porquerolles (Var) et du Frioul (Bouches-du-Rhône).

Parler des solutions au niveau local

La priorité est de « parler des solutions », au niveau local. Certaines entreprises s’en emparent. Représentant la Convention des entreprises pour le climat (CEC Provence Méditerranée), Mélanie Jeanneret liste les expérimentations les plus avancées. Tel domaine viticole « se donne dix ans pour repenser ses pratiques agricoles et être robuste face aux changements ». Un promoteur immobilier s’engage « dans l’habitat faible en carbone ». Ou encore « un projet de mobilité durable est discuté autour de Nice ».

En plus d’amener des connaissances, le Grec-Sud accompagne la gouvernance. « Comment on mobilise un territoire, comment on finance l’action ? Nous sommes à l’interface entre la science et la société », ajoute Antoine Nicault.

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Le rôle de l'État et la nécessité d'un cadre

Dans une tribune parue dans le journal Le Monde, un collectif de scientifiques et de personnalités pointe le lien entre la poursuite de l’extraction fossile et les événements climatiques extrêmes. Co-fondatrice du Grec francilien, la bio-climatologue Nathalie de Noblet insiste elle aussi sur « le rôle de l’État, pour fixer le cadre ». « Pourquoi est-ce qu’on autorise encore les grands pétroliers français à faire de nouveaux forages ? On sait que si on va au bout de l’exploitation des puits actuels, on dépasse largement les + 2 °C. »