Sapeurs-pompiers : démissions en hausse, les syndicats tirent la sonnette d'alarme
Pompiers : départs en masse, conditions de travail en cause

Les sapeurs-pompiers français sont de plus en plus nombreux à tourner le dos à leur métier. Selon une enquête syndicale révélée par Libération, le taux de départs volontaires a bondi de 30 % en cinq ans, atteignant un niveau jamais vu. Les syndicats pointent du doigt des cadences de travail insoutenables et une détérioration des conditions d'exercice.

Un phénomène qui s'accélère

En 2022, près de 1 200 sapeurs-pompiers professionnels ont quitté leur caserne, soit une hausse de 12 % par rapport à l'année précédente. Les pompiers volontaires, qui représentent 80 % des effectifs, ne sont pas épargnés : leur nombre a chuté de 15 % en trois ans. « On assiste à une hémorragie silencieuse », déplore Jean-Marc B., secrétaire général du syndicat SPP-PATS. « Les jeunes ne veulent plus s'engager dans une profession où ils sont constamment sous pression et où la reconnaissance fait défaut. »

Des conditions de travail dégradées

Les pompiers dénoncent notamment l'augmentation des astreintes et des gardes de 24 heures, qui perturbent leur vie familiale et leur santé. « On nous demande d'être disponibles 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, avec des effectifs réduits », explique Marie L., pompier à Marseille. « Résultat : on cumule les heures supplémentaires, on est épuisés, et certains craquent. »

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Le manque de moyens matériels est également pointé du doigt. « Dans certains centres, les véhicules ont plus de 15 ans et tombent en panne régulièrement », ajoute un pompier de Seine-Saint-Denis. « On doit parfois attendre des heures pour qu'un engin de secours soit disponible. »

Des conséquences sur la sécurité civile

Cette fuite des effectifs menace directement la capacité d'intervention des services de secours. Selon une étude interne, le délai moyen d'intervention a augmenté de 2 minutes en zone urbaine, passant de 12 à 14 minutes. « Cela peut paraître peu, mais c'est une question de vie ou de mort en cas d'arrêt cardiaque ou d'incendie », insiste le syndicat CGT des pompiers.

Les autorités tentent de réagir. Le ministre de l'Intérieur a annoncé le recrutement de 500 pompiers supplémentaires en 2023, ainsi qu'une revalorisation de 10 % des primes de risque. Mais les syndicats jugent ces mesures insuffisantes. « Ce n'est pas avec des rustines qu'on résoudra le problème de fond », estime un porte-parole de l'Union syndicale des sapeurs-pompiers. « Il faut repenser l'organisation du travail et investir massivement dans les équipements. »

Un métier en pleine mutation

Les sapeurs-pompiers sont confrontés à une évolution de leurs missions. Outre les incendies, ils interviennent de plus en plus pour des accidents de la route, des inondations, des feux de forêt ou des secours à personne. « On nous demande d'être des super-héros, mais on n'a pas les moyens de nos ambitions », confie un pompier de la région parisienne.

Face à cette crise, certains pompiers se tournent vers le secteur privé, où les salaires sont parfois plus attractifs. « Je suis parti travailler dans la sécurité incendie en entreprise », témoigne un ancien pompier de Lyon. « Je gagne 20 % de plus, et j'ai des horaires fixes. C'est un choix de raison. »

Les syndicats appellent à une table ronde nationale pour trouver des solutions durables. « Il est urgent de redonner de l'attractivité à ce métier essentiel », conclut Jean-Marc B. « Sinon, c'est la sécurité de tous les Français qui est en jeu. »

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