Affiche jugée discriminante à Agde : la mairie assume
Affiche discriminante à Agde : la mairie assume

La mairie d'extrême droite d'Agde a retiré une affiche de communication jugée discriminante, qui ciblait les fumeurs de narguilé sur les plages. L'image, générée par intelligence artificielle, montrait trois hommes aux traits méditerranéens et a suscité une vive polémique, notamment de la part de SOS Racisme.

Une affiche provocatrice retirée après la polémique

Diffusée dans le magazine municipal du 31 juillet puis placardée à l'entrée des plages, l'affiche portait le slogan : « Ta chicha et ta musique, on n'en veut pas ! Nos vacances, tu les respectes ». Elle illustrait un arrêté municipal du 2 juillet interdisant les chichas, narguilés et pipes à eau sur les plages. Face aux réactions, la mairie a décidé de la retirer des panneaux d'affichage.

La polémique a éclaté sur les réseaux sociaux le mercredi 5 août vers 9 heures, lorsque l'image a commencé à circuler. Pour Aurélien Lopez-Ligori, nouveau maire d'Agde, c'est la première controverse de son mandat, en plein cœur de la saison estivale.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Des vacanciers partagés entre indignation et indifférence

Dans les rues d'Agde, les avis divergent. Sylvie, vacancière régulière au Cap d'Agde, s'interroge : « Je n'ai jamais vu personne fumer le narguilé sur la plage. Je ne dis pas que ça n'existe pas mais ça doit vraiment être à la marge. D'où vient le besoin d'insister spécifiquement dessus ? »

Yamina, présente sur la plage de Richelieu avec sa famille, se dit choquée : « Ça ne parle pas seulement de chicha ou de musique – sinon il n'y aurait pas de problème. Il y a la volonté de stigmatiser les personnes issues de l'immigration, notamment maghrébine, comme nous. Je n'ai même pas eu la tête à me baigner ce matin, j'ai trouvé cela choquant et blessant. »

À l'inverse, Frédéric, un Agathois rencontré sur le parking de la plage, estime que l'affiche « a le mérite d'être claire et de rappeler que la plage est à tout le monde » et qu'il y a « des règles de civilité à respecter ». Il ne la juge pas raciste et regrette « les polémiques pour rien alors que ce sont les vacances ».

SOS Racisme dénonce une stigmatisation assumée

Valentin Stel, directeur général de SOS Racisme, analyse l'affiche comme « fidèle à la communication du RN, très agressive et enfonçant des portes ouvertes en insistant sur des délits déjà réprimés ». Il regrette des caricatures « très lourdes » et le tutoiement employé : « Utiliser le tutoiement envers des adultes est une forme d'agressivité. Ce n'est pas à la hauteur d'une institution publique qui doit de la dignité aux personnes à qui elle s'adresse. »

Pour lui, cette communication crée une division : « Avec ce type de communication, mentionnant un "tu" et un "nous", le RN distingue des groupes – alors que tous viennent dépenser le fruit de leurs économies ici pour les vacances. Le maire réussit la prouesse de mettre la société en tension à même la plage. » Il précise toutefois que l'affiche, bien que stigmatisante, ne tombe pas sous le coup de la loi.

La mairie se retranche derrière un constat de terrain

Sollicitée par Midi Libre, la mairie d'Agde a répondu par un communiqué, expliquant que les agents municipaux ont constaté « au fil du temps une nouvelle dérive des comportements » et que la municipalité « a réactualisé le fondement réglementaire par nouvel arrêté ». Elle n'a pas souhaité répondre aux accusations de discriminations. SOS Racisme assure de son côté rester vigilant « pour que l'argent public ne serve pas à aller plus loin ».

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale