Affaire Mis et Thiennot : la révision refusée, 80 ans après
Affaire Mis et Thiennot : la révision refusée après 80 ans

La cour de révision a rejeté, ce jeudi 2 juillet 2026, la demande de réhabilitation de Raymond Mis et Gabriel Thiennot, deux hommes condamnés à perpétuité en 1946 pour le meurtre d'un garde-chasse dans l'Indre. Quatre-vingts ans après les faits, leurs familles espéraient une reconnaissance de leur innocence, mais la justice a estimé que les éléments présentés ne suffisaient pas à remettre en cause la condamnation.

Un dossier marqué par des zones d'ombre

L'affaire remonte au 2 juillet 1946, lorsque le garde-chasse Albert Moreau est retrouvé mort, abattu d'un coup de fusil, près de la commune de Saint-Michel-en-Brenne. Raymond Mis et Gabriel Thiennot, deux agriculteurs, sont rapidement suspectés. Leur procès, qui s'est tenu devant la cour d'assises de l'Indre, a été entaché de nombreuses irrégularités : absence d'alibi solide, témoignages contradictoires et pressions policières présumées.

Condamnés aux travaux forcés à perpétuité, ils ont toujours clamé leur innocence. Après leur mort, survenue respectivement en 1988 et 1995, leurs familles ont poursuivi le combat pour obtenir la révision du procès. En 2024, une nouvelle demande a été déposée, soutenue par des avocats et des historiens, qui ont mis en lumière des failles dans l'enquête initiale.

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Les arguments de la défense

Les proches de Mis et Thiennot ont présenté plusieurs éléments nouveaux : l'analyse balistique de l'arme du crime, qui ne correspondrait pas à celles des accusés, et des témoignages récents de villageois affirmant avoir vu un autre homme près des lieux du drame. Selon Me Sophie Bouchard, avocate de la famille Thiennot, « ces preuves auraient dû suffire à rouvrir le dossier. Il y a eu une erreur judiciaire, et la cour refuse de la reconnaître. »

L'affaire a également été portée par le collectif « Vérité pour Mis et Thiennot », qui a recueilli plus de 50 000 signatures en ligne pour demander la réhabilitation. Un documentaire diffusé en 2025 sur France 3 avait relancé l'intérêt médiatique, montrant les contradictions du dossier.

La décision de la cour

Dans son arrêt, la cour de révision a estimé que les éléments apportés ne constituaient pas des faits nouveaux suffisamment probants pour remettre en cause la culpabilité des deux hommes. Elle a souligné que les témoignages récents, bien que troublants, n'étaient pas corroborés par des preuves matérielles solides. « La cour n'a pas été convaincue de l'innocence des condamnés, et le doute ne suffit pas à justifier une révision », a déclaré le président de la formation, Jean-Pierre Delarue.

Cette décision a provoqué la déception des familles, qui ont annoncé leur intention de se pourvoir devant la Cour européenne des droits de l'homme. « Nous irons jusqu'au bout, car la vérité doit éclater », a affirmé Marie Mis, petite-fille de Raymond Mis, lors d'une conférence de presse.

Un contexte de révision judiciaire rare

Les demandes de révision sont exceptionnelles en France. Selon les statistiques du ministère de la Justice, moins de 10 % des requêtes aboutissent. L'affaire Mis et Thiennot rejoint ainsi d'autres dossiers emblématiques comme celui de l'affaire Seznec ou de l'affaire Dreyfus, où la justice a longtemps résisté à reconnaître ses erreurs.

Pour les historiens, ce rejet soulève des questions sur la capacité de la justice à revenir sur des décisions anciennes, surtout lorsque les archives sont lacunaires. « Il est difficile, 80 ans après, de reconstituer les faits avec certitude. Mais le doute raisonnable aurait dû jouer en faveur des accusés », estime l'historien Claude Lelièvre, spécialiste des erreurs judiciaires.

Les réactions politiques

Plusieurs élus locaux et nationaux ont réagi à la décision. Le député de l'Indre, François Moreau (PS), a exprimé sa « tristesse » et appelé à « une réforme de la procédure de révision pour qu'elle soit plus accessible ». De son côté, la sénatrice LR Valérie Boyer a estimé que « la justice doit être exemplaire, et ce refus jette une ombre sur notre système judiciaire ».

Le garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti, n'a pas commenté directement l'affaire, mais a rappelé que « la cour de révision est indépendante et que ses décisions doivent être respectées ».

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Un combat qui continue

Malgré ce revers, les familles de Mis et Thiennot ne baissent pas les bras. Une souscription a été lancée pour financer un recours devant la Cour européenne des droits de l'homme, qui pourrait examiner si les droits des accusés ont été violés lors de leur procès. Par ailleurs, un collectif d'avocats prépare une demande de grâce posthume, bien que celle-ci soit symbolique.

L'affaire Mis et Thiennot reste l'une des plus controversées de l'histoire judiciaire française. Pour beaucoup, elle incarne les dérives d'une époque où la présomption d'innocence était souvent bafouée. Quatre-vingts ans après, le doute persiste, mais la justice a choisi de ne pas l'entendre.