Le palais de justice d'Alès est sous pression après l'affaire Lyhanna, avec 82 dossiers de violences sexuelles sur mineurs déjà ouverts et 250 dossiers à examiner. Le président du tribunal, Simon Lanes, et le procureur de la République, Abdelkrim Grini, s'organisent pour accélérer le traitement sans moyens supplémentaires.
Une mobilisation judiciaire sans précédent
Lors d'une rencontre informelle avec la presse ce mercredi matin, Simon Lanes et Abdelkrim Grini ont détaillé les mesures prises. Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, avait convoqué tous les procureurs généraux le 8 juin, leur demandant de faire l'inventaire des procédures en cours pour violences sexuelles sur mineurs. Dans la juridiction d'Alès, entre le commissariat et les compagnies de gendarmerie d'Alès et du Vigan, 220 à 250 dossiers sont recensés, dont 82 déjà enregistrés au parquet.
Des priorités réorganisées
Le procureur Grini a indiqué qu'un programme de traitement de ces 250 procédures a été établi avec les services enquêteurs. Tous les dossiers seront repris un par un et suivis par un magistrat d'ici la fin du mois. Le président Lanes a ajouté que la priorité est donnée aux dossiers d'atteintes aux mineurs, au détriment des atteintes aux biens ou d'autres contentieux. Les demandes de renvoi seront limitées pour juger ces affaires rapidement. Actuellement, 17 dossiers sont en cours chez le juge d'instruction, 32 condamnés font l'objet d'un suivi à l'application des peines, et tous les procès sont fixés jusqu'à novembre.
Des moyens insuffisants face à la vague attendue
Simon Lanes s'attend à une libération de la parole similaire à "Me Too" pour les mineurs, ce qui pourrait générer une vague de plaintes. Il se réjouit toutefois d'un renfort à la rentrée, avec le passage à 10 juges du siège et l'ouverture d'un second cabinet pour les affaires familiales. Cependant, le poste de quatrième magistrat du parquet, pourtant prévu, n'est toujours pas pourvu, avec une arrivée espérée pour 2027. Le service des greffes est également sous-dimensionné : trois personnes pour traiter 12 000 procédures par an.
Une délinquance intense et diversifiée
Le procureur Grini a souligné la pression sur l'arrondissement d'Alès, avec 200 000 habitants et l'ensemble du spectre de la délinquance, y compris de haute intensité. En 2025, huit homicides ont été enregistrés, dont trois liés au narcotrafic. Cette année, deux homicides ont déjà eu lieu. Les services enquêteurs doivent jongler entre cambriolages, violences intrafamiliales, trafics de drogue et homicides, sans renfort. De plus, les spécialistes des téléphones, essentiels pour prouver les liens dans les trafics, sont tous mobilisés sur les dossiers de violences sexuelles sur mineurs, rendant plus difficile le traitement des autres affaires.



