Xénophobie dans les restaurants parisiens : le test de 1976
Xénophobie dans les restaurants parisiens : le test de 1976

Il y a cinquante ans, la journaliste Mariella Righini se glissait dans la peau d'une touriste étrangère pour sonder l'accueil des restaurants parisiens. Son récit, publié dans « le Nouvel Obs », reste un document précieux sur le traitement des étrangers en France.

En juillet 1976, alors que le mot « testing » n'a pas encore fait son entrée dans le vocabulaire des sciences sociales, une équipe du Nouvel Obs mène une expérience audacieuse. Mariella Righini, accompagnée de deux complices, décide de jouer les touristes incapables de parler français. Le but : vivre de l'intérieur les réactions que peuvent susciter les visiteurs venus d'ailleurs.

Une immersion dans la peau d'une touriste vulnérable

L'expérience ne consiste pas à caracoler en pays conquis, comme ce touriste français qui exigerait une musaka dans un bistrot lyonnais ou un bigos dans un troquet auvergnat. Au contraire, Mariella Righini se présente « en paumée, handicapée de la langue et estropiée du goût ». Cette posture, soigneusement choisie, vise à révéler des comportements que les apparences pourraient masquer.

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La journaliste raconte : « Pour mon premier test, j'étais slave. Escortée de deux Polonais de choc, je fais mon entrée au Dupont-Bastille. » Le choix de ce restaurant parisien n'a rien d'anodin. Le lieu se veut typique, mais l'accueil réservé à ces clients aux accents étrangers devient le véritable sujet de l'enquête.

Un test aux allures de défi

Mariella Righini ne se fait aucune illusion : elle sait qu'elle va devoir « avaler toutes les couleuvres de l'agacement, de l'hostilité et du mépris » servies en supplément de la carte. Cette formule, aussi ironique que lucide, donne le ton d'un article qui mêle observation sociologique et expérience personnelle.

Il s'agit pour la journaliste de vérifier sur le terrain des discriminations ordinaires, celles qui ne laissent pas de traces dans les statistiques mais qui empoisonnent le quotidien des étrangers. En 1976, la question de l'hospitalité française est déjà un sujet de débat.

Le testing, une méthode devenue courante

Cette enquête, publiée dans nos archives, fait figure de précurseur. Depuis, le testing est devenu un outil largement utilisé pour mesurer les discriminations à l'embauche, au logement ou dans les services publics. Mais à l'époque, l'initiative de Mariella Righini est une première dans la presse.

L'article, intitulé « Comment sont traités les étrangers dans les restaurants parisiens ? », pose une question qui résonne encore aujourd'hui. Les touristes du monde entier affluant vers Paris, la manière dont ils sont accueillis en dit long sur notre rapport à l'altérité.

Une archive à redécouvrir

Ce texte, daté du 2 août 2026 dans sa version numérique, est accessible aux abonnés. Il témoigne d'une époque où le journalisme pratiquait déjà l'immersion pour rendre compte du réel. La suite des aventures de la journaliste, à la table du Dupont-Bastille, reste à découvrir.

Cette plongée dans nos archives rappelle que le combat contre la xénophobie n'est pas né hier. Elle souligne aussi le rôle de la presse dans la révélation des préjugés, bien avant l'ère des réseaux sociaux et des vidéos virales.

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