Vacances : l'étude de SOS Racisme qui dénonce les discriminations
Discriminations en vacances : le constat de SOS Racisme

Les lieux de loisirs estivaux ne sont pas à l'abri du racisme. C'est ce que démontre une nouvelle opération de « testing » menée par SOS Racisme, dont les résultats ont été publiés ce mardi. L'association a envoyé des personnes perçues comme noires ou maghrébines dans des plages privées et des boîtes de nuit de Montpellier, Marseille et Nice. Verdict : dans un tiers des cas, elles ont été traitées différemment des personnes perçues comme blanches.

Une discrimination d'autant plus inquiétante qu'elle intervient dans des moments censés être consacrés à la détente. Les témoignages de victimes, recueillis par nos lectrices et lecteurs, confirment que ce phénomène n'a rien de nouveau et qu'il touche aussi bien les locations saisonnières, les transports que les lieux de divertissement.

Un testing en conditions réelles sur la Côte d'Azur et en Occitanie

Pour réaliser cette étude, SOS Racisme a mobilisé des volontaires aux profils variés, tous confrontés aux mêmes scénarios dans des établissements privés. Les résultats montrent une différence de traitement dans 33 % des situations. Concrètement, les personnes noires ou maghrébines se voient refuser l'entrée, subissent des remarques déplacées ou sont ignorées au profit d'une clientèle blanche.

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Cette méthode du « testing » vise à apporter des preuves statistiques du racisme ordinaire. Elle a déjà été utilisée dans d'autres domaines, comme le logement ou l'emploi, et permet de contourner la difficulté de prouver l'intention discriminatoire.

Locations saisonnières : le même scénario depuis vingt-sept ans

Junette, 67 ans, témoigne d'une expérience vécue il y a près de trois décennies. « Nous avions loué par téléphone un appartement près de Pornic, raconte-t-elle. Quand la femme m'a vu arriver, elle a changé de couleur ! Je suis métisse et elle ne pouvait pas le savoir car je n'ai pas d'accent. Elle s'est dit : "Comment je vais récupérer mon logement, dans quel état ?" Je pense qu'à la fin du séjour, elle a été rassurée. C'était il y a vingt-sept ans ! »

Un récit qui trouve un écho dans celui d'Ismael, locataire et hôte régulier sur Airbnb. « Je suis noir et plusieurs locations sur Airbnb n'ont pas été acceptées, confie-t-il. Mais quand je mets une photo avec ma meilleure amie blanche, en faisant croire qu'on est en couple, les locations sont acceptées. J'ai été hôte et locataire, j'ai des supers avis, mais rien n'y fait. Et c'est de pire en pire. »

Boîtes de nuit et plages privées : des refus à peine déguisés

Kyna, 37 ans, décrit une soirée gâchée à Nice. « Nous étions un groupe avec des amis tunisiens et l'entrée [d'une boîte] nous a été refusée sous prétexte que les chaussures des garçons n'étaient pas conformes. Quelques minutes plus tard, un autre groupe est entré avec les mêmes chaussures, sans aucun problème. À ce moment-là, nous avons eu le sentiment que la véritable raison n'était pas les chaussures, mais nos origines. »

Parfois, la discrimination s'exprime sans détour. Steve a ainsi entendu, à l'entrée d'une plage privée de Fréjus : « Non, pas de place pour les gens comme vous [les gens du voyage], on en a marre ». Un racisme totalement décomplexé, face auquel Steve se dit « habitué ».

Le racisme aussi dans les files d'attente des aéroports

Diane, 30 ans, a vécu une humiliation dans un aéroport. « J'ai des origines asiatiques et africaines, raconte-t-elle. Je me suis mise dans la file d'enregistrement pour un vol de Malaga vers Paris. Puis une seconde queue s'est ouverte : j'ai suivi le mouvement. Et une personne d'un certain âge m'a pointé du doigt en disant : "La noire a dépassé tout le monde" et "Reviens à ta place, derrière." »

Face à cette attaque, Diane a été laissée seule avec sa détresse. « Les Canadiens derrière moi m'ont conseillé de l'ignorer. Mais je me sentais honteuse et j'en ai pleuré dans la queue. »

Un phénomène difficile à prouver mais aux conséquences réelles

Si ces témoignages sont accablants, la plupart des victimes ne portent pas plainte. La difficulté de réunir des preuves solides explique en partie ce renoncement. Les discriminations se cachent souvent derrière des motifs fallacieux, comme une tenue vestimentaire ou une prétendue règle interne.

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L'étude de SOS Racisme a le mérite de quantifier le phénomène et de rappeler que les vacances ne sont pas un havre d'égalité. Elle interpelle aussi les établissements concernés et les pouvoirs publics sur la nécessité de lutter contre ces pratiques, notamment en formant les personnels et en sanctionnant les refus discriminatoires.

En attendant, les personnes concernées développent des stratégies d'évitement ou de contournement, comme le montre la ruse d'Ismael. Une adaptation qui ne doit pas faire oublier l'essentiel : le racisme, même en vacances, reste une violation des droits humains.