Mulhouse : un collège intègre l'IA dans ses cours pour former des élèves critiques et responsables
Mulhouse : l'IA intégrée au collège pour former des élèves responsables

Mulhouse : un collège pionnier dans l'intégration de l'IA à l'enseignement

Au collège Jean-Macé de Mulhouse, établissement classé en éducation prioritaire, une expérimentation pédagogique innovante intègre l'intelligence artificielle aux enseignements pour sensibiliser les élèves à ses usages, ses potentialités et ses risques. « C'est un poison ou un remède, selon ce que vous en faites », résume l'approche adoptée par les enseignants pour « domestiquer » des outils que beaucoup d'adolescents utilisent déjà sans toujours en mesurer les implications.

Une enquête pédagogique pour développer l'esprit critique

Dans une classe de quatrième, une douzaine d'élèves mènent l'enquête sous la supervision de leur enseignant d'histoire-géographie, Laurent Zimmermann. Leur mission : analyser une photo de ville constellée de gratte-ciel. « Est-ce que ce paysage existe ? Peut-on retrouver l'origine de l'image ? » demande le professeur. Face à leurs ordinateurs, les adolescents doivent choisir entre deux outils : une intelligence artificielle et Google Lens, un outil de recherche d'image inversée.

« Google Lens », répond Asya, 14 ans, « parce que l'IA utilise plus d'énergie qu'un moteur de recherche ». « Oui », approuve Laurent Zimmermann. « Si on peut utiliser un outil moins coûteux en énergie, il faut le faire ». Grâce à cet outil, les élèves découvrent que l'image provient d'une campagne publicitaire et représente un paysage fictif réunissant des gratte-ciel du monde entier. « On a mélangé plusieurs endroits pour en créer un nouveau », constate Jasmika, 13 ans.

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L'IA comme outil d'apprentissage pluridisciplinaire

À l'aide de ChatGPT, les élèves tentent ensuite d'identifier ces tours et leur localisation. Si l'IA peut générer de faux textes ou de fausses vidéos, elle permet aussi d'analyser une image, leur apprend leur enseignant. Pour Laurent Zimmermann, le but est clair : « domestiquer » ces outils, afin que les élèves « apprennent à s'en servir » et « fassent attention ».

Le collège Jean-Macé est l'un des cinq établissements pilotes de l'académie de Strasbourg engagés dans cette expérimentation. SVT, mathématiques, technologie, histoire-géographie, lettres… L'intelligence artificielle est intégrée à plusieurs disciplines de manière transversale. « Le but c'est de faire de l'IA un outil au service de l'apprentissage », explique Sébastien Lorentz, adjoint au délégué au numérique éducatif de la région académique Grand Est.

« Un professeur peut s'aider d'une IA pour créer des exercices de complexités différentes, individualiser l'enseignement, gagner du temps », précise-t-il, tandis qu'un élève peut « trouver une aide quand il n'a pas compris quelque chose ».

Former à un usage responsable et éthique

Apprendre à rédiger un « prompt » (une requête), comprendre le fonctionnement d'une IA prédictive, déceler des biais algorithmiques… « Pour nous, l'objectif est de les former à avoir un usage responsable, éthique, de l'IA et développer leur esprit critique », explique Sandrine Jung, principale du collège Jean-Macé. L'enjeu dépasse la simple maîtrise technique : « leur réussite scolaire, leur insertion professionnelle » sont également concernées, ajoute-t-elle.

Dans cet établissement d'éducation prioritaire, ces outils peuvent faire « progresser » les élèves, espère la principale. Une enquête menée au début de l'année scolaire a révélé que « quasiment tous utilisaient des IA », retrace Céline Hengy, référente numérique de l'établissement. Certains pour les assister dans leur travail scolaire, d'autres pour dialoguer avec un « ami ou un confident ».

« Les élèves ne nous ont pas attendus. Avant qu'on leur parle d'IA, l'IA leur parlait déjà », souligne Laurent Zimmermann. Mais utiliser une IA ne signifie pas en connaître toutes les potentialités et les dangers. « On les amène à réfléchir sur les biais, les sources d'erreurs possibles, ou encore la manière dont ces IA sont alimentées », explique Céline Hengy.

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Une charte de l'IA créée par les élèves

Soba, 13 ans, a ainsi appris qu'« il ne faut pas trop l'utiliser parce que ça consomme beaucoup d'eau et d'énergie ». « Quand on parle avec une IA, ils gardent nos données, ça fait un peu peur. Il faut être prudent », ajoute Roumaissa, 13 ans. Les élèves ont rédigé eux-mêmes une « charte de l'IA » qui rappelle notamment que son usage est énergivore et nécessite une vigilance particulière concernant la protection des données personnelles.

L'idée est que ces adolescents acquièrent des réflexes critiques pour devenir ensuite des ambassadeurs qui puissent partager leurs connaissances avec leurs camarades. Cette expérimentation pédagogique montre comment l'école peut s'emparer des nouvelles technologies non pas comme une simple compétence technique, mais comme un objet de réflexion éthique et environnementale, préparant ainsi les citoyens de demain à évoluer dans un monde où l'intelligence artificielle sera omniprésente.