Le parc urbain inondable la Marjal, à Alicante, conçu pour absorber les crues soudaines, a été inauguré début 2015 et n'a jamais été rempli au-delà de la moitié de sa capacité, le niveau le plus élevé ayant été atteint en août 2019. Cette infrastructure, alliant nature et technique, est devenue un modèle international.
Un passé marqué par les inondations
La ville d'Alicante, capitale de la Costa Blanca, a été traumatisée par des intempéries dévastatrices le 30 septembre 1997, qui ont provoqué la mort de quatre personnes et des dégâts considérables. Cet événement a déclenché une prise de conscience sur la nécessité d'adapter le réseau de canalisations, d'évacuation et de traitement des eaux de surface. La topographie de la commune est en effet défavorable : les deux massifs calcaires qui surplombent le littoral et le relief qui se ravine vers les plages font que l'eau ruisselle directement jusqu'à la Méditerranée, avec des risques de pollution.
Le maire d'Alicante, Luis Barcala, souligne l'incertitude climatique actuelle : « Nous vivons aujourd'hui dans une grande incertitude climatique. Il y a toujours eu des phénomènes épisodiques catastrophiques pendant les mois de septembre, octobre, novembre. Néanmoins, avec les dérèglements météorologiques, leur périodicité a changé : ils peuvent se produire à tout moment. » Ces épisodes sont souvent liés à la dépression isolée à niveau élevé (Dana), ou goutte froide, qui a provoqué des pluies torrentielles à Valence en octobre 2024, à un peu plus de 150 kilomètres au nord d'Alicante, entraînant plus de deux cents décès. Un an après, la région d'Alicante a été touchée à son tour, mais avec moins d'intensité.
Un parc conçu comme une éponge
Pour protéger la plage San Juan, longue de près de 3 kilomètres, des débordements des égouts et de l'écoulement des flots issus d'averses diluviennes, le parc la Marjal a été créé de toutes pièces. Ce milieu humide, d'un peu plus de 3,5 hectares, est situé à environ 500 mètres de la mer et fonctionne sur le principe d'une éponge qui se gonfle lentement. Le maire explique les trois objectifs de cet ouvrage : « Le premier objectif de cet ouvrage hydraulique pionnier à l'époque de sa réalisation, c'est d'empêcher le quartier d'être inondé et la plage dégradée. Le deuxième est de stocker le surplus d'eau généré par les orages pour ensuite le pomper, le nettoyer dans une station d'épuration et le redistribuer dans le système d'irrigation des jardins publics. Le troisième est d'offrir un agréable lieu de promenade et de vie sociale, mais aussi un refuge de biodiversité, notamment pour les oiseaux migrateurs. »
Le parc est un véritable écrin de verdure dans une région semi-aride. Des panneaux indiquent les espèces à observer, des martins-pêcheurs aux hérons, en passant par les nombreux colverts. Les deux étangs sont bordés de joncs, de papyrus et de roseaux. Le paysage méditerranéen a été reconstitué en miniature : murets en pierre, oliviers, figuiers et vignes sur les pentes douces. La « colline », formée par les déblais de terre du bassin de rétention, rappelle le maquis avec son sommet semé de pins, de romarin, de thym et de lavande. Les habitants viennent s'y promener ou suivre des cours de yoga sur les pelouses, à l'ombre des saules et des peupliers. Comparativement aux rues alentour, il fait 4 °C de moins dans cette oasis.
Une capacité de stockage impressionnante
Le parc est conçu pour se transformer en réceptacle équivalent à 16 ou 17 piscines olympiques, soit 45 000 mètres cubes d'eau. Pour l'instant, il n'a jamais été rempli au-delà de la moitié de sa capacité. Le projet jouit d'une reconnaissance internationale. Le maire se félicite : « Nous avons été invités à présenter notre modèle dans des pays européens, en Arabie saoudite, au Qatar et même en Chine. » D'autres projets similaires sont prévus : trois autres parcs inondables à des emplacements stratégiques, dont le début du ravin de San Blas, au nord-ouest, et sur l'avenue d'Elche, qui suit le rivage et constitue l'entrée sud de la ville. S'ajouteront près de dix grands réservoirs souterrains, comme il en existe déjà, notamment sous un terrain de foot à San Gabriel, près du port.
Le point de vue de l'expert
Daniel Molina, Directeur des Opérations de Veolia en Communauté Valencienne, explique : « Alicante est située dans une région semi-aride où les épisodes de pluie sont extrêmement irréguliers et concentrés. La ville est exposée à deux problèmes majeurs : la pression sur les ressources en eau, et, paradoxalement, les inondations. La forte urbanisation depuis les années 30 a transformé la ville en une sorte de barrière, qui empêche les eaux de pluie de rejoindre naturellement la mer. Le projet de parc inondable La Marjal répond à cet enjeu. En cas de fortes pluies, il permet de dévier l'excédent d'eau, tout en apportant une valeur sociale, environnementale et écologique aux habitants. Son aménagement reproduit le fonctionnement naturel des zones humides et favorise la biodiversité urbaine en accueillant par exemple plus d'une centaine d'espèces d'oiseaux. Il contribue par ailleurs à réduire jusqu'à 4 °C les effets d'îlot de chaleur. En cas de fortes pluies, il peut stocker jusqu'à 45 000 m³ d'eau, soit l'équivalent de 16 ou 17 piscines olympiques. Il présente enfin l'avantage d'être bien plus économique que les infrastructures dites “grises”. Le parc a coûté environ 3,6 millions d'euros, alors qu'une infrastructure en béton équivalente aurait coûté entre 12 et 15 millions d'euros. »



