Le réseau Coordination Sud, qui représente 188 organisations de solidarité internationale, alerte sur une situation « de plus en plus critique » pour les ONG françaises. Huit mois après une première étude quantifiant l'impact des coupes dans l'aide publique au développement (APD) depuis 2024, une version actualisée à juin 2025 confirme l'aggravation de la crise.
Des coupes qui frappent le cœur de l'activité
Initialement, les projets annulés concernaient surtout « les bureaux à l'étranger », explique Martin Kemp, chargé de plaidoyer chez Coordination Sud. Désormais, les réductions budgétaires menacent le « cœur de l'activité » des ONG, c'est-à-dire leur capacité « à se projeter, à mener et à penser des projets ». En 2025, l'APD a connu une « baisse historique » de 23,1 %, due au décrochage des principaux pays donateurs (États-Unis, Allemagne, France, Royaume-Uni et Japon), selon l'OCDE. Les États-Unis, avec le retour de Donald Trump et le démantèlement de l'USAID, représentent les trois quarts de cette chute. Toutefois, Martin Kemp nuance : cette baisse américaine « a eu un impact très important, mais a concerné un nombre assez limité d'ONG françaises ».
La baisse française, un coup dur pour 80 % des ONG
En revanche, la réduction du budget français de l'APD affecte « une très grande part » des organisations, environ 80 % – en particulier les petites et moyennes structures, très dépendantes des fonds publics. Les crédits alloués à la mission d'APD sont passés de 5,93 milliards d'euros en 2024 à 3,57 milliards en 2026, soit une chute de 39,8 %. Pour 2027, le gouvernement envisage une nouvelle baisse de 300 millions d'euros. Cette cure d'austérité se traduit par une contraction des activités et, parfois, par des suppressions de postes. L'étude de Coordination Sud s'appuie sur des données collectées auprès de 72 organisations « globalement représentatives », extrapolées à l'ensemble du secteur.
Près de 1700 projets affectés, 17,5 millions de personnes impactées
Entre juillet 2025 et juin 2026, les ONG françaises ont revu à la baisse ou interrompu environ 400 projets, portant à près de 1700 le nombre de projets affectés depuis 2024. Selon Coordination Sud, plus de 17,5 millions de personnes dans le monde (+2,5 millions depuis juillet 2025) voient « leurs conditions de vie se détériorer » à cause de ces abandons. Florence Thune, directrice générale de Sidaction, témoigne : « On va subir une baisse importante des financements de l'AFD, avec une perte de 47 % prévue pour la période 2026-2028. » Ce « coup porté à la lutte contre le VIH » oblige l'ONG, financée à 80 % par des dons privés, à abandonner certaines formations et à réduire son soutien à des partenaires en Afrique de l'Ouest.
Des temps très durs en perspective
Le chercheur Vincent Pradier, spécialiste de la gestion des ONG, estime que le secteur se dirige « vers des temps très durs ». Il voit dans cette crise financière une « remise en question de l'hégémonie » des ONG occidentales, contestées à la fois par les pays du Sud, par des critiques internes et par les mouvements populistes qui remettent en cause leur utilité.



