La Corse, île de montagnes et de rivières, semble bénie par l'eau. Pourtant, chaque été, les restrictions se multiplient, les réservoirs s'épuisent et les agriculteurs tirent la sonnette d'alarme. Comment expliquer ce paradoxe ?
Des ressources abondantes mais mal réparties
Avec ses 3 000 mm de précipitations annuelles dans les massifs, la Corse possède l'un des plus importants réservoirs d'eau douce de Méditerranée. Mais cette ressource est concentrée sur quelques mois et dans des zones peu peuplées. En été, le débit des cours d'eau chute drastiquement, tandis que la population touristique triple.
Selon l'Office d'Équipement Hydraulique de la Corse, les précipitations annuelles ont diminué de 15 % en vingt ans. Un constat alarmant qui pousse les autorités à repenser la gestion de l'eau.
Une infrastructure vieillissante et des fuites massives
Le réseau d'adduction d'eau corse perd en moyenne 40 % de son volume à cause de fuites. Les canalisations, souvent anciennes, ne sont pas adaptées aux sécheresses récurrentes. Les investissements tardent à venir, et les petites communes peinent à financer les réparations.
« Nous avons des villages où l'eau potable est coupée plusieurs heures par jour en été, alors que des sources abondantes coulent à quelques kilomètres », déplore Jean-Michel Filippi, maire d'une commune de l'intérieur. Cette situation génère des tensions entre les usagers : agriculteurs, particuliers et professionnels du tourisme.
Le tourisme, un facteur aggravant
Chaque été, la Corse accueille plus de 3 millions de visiteurs, ce qui multiplie par trois la consommation d'eau. Les piscines, les golfs et l'irrigation des espaces verts pèsent lourd. Les autorités tentent de sensibiliser, mais les mesures restent insuffisantes.
« On ne peut pas continuer à arroser des pelouses quand les agriculteurs n'ont plus d'eau pour leurs champs », s'indigne une responsable de l'Agence régionale de l'eau. Des arrêtés préfectoraux limitent déjà les usages non essentiels, mais leur application est difficile.
Vers une gestion plus durable ?
Face à l'urgence, la Collectivité de Corse a lancé un plan d'investissement de 200 millions d'euros pour moderniser les réseaux et créer des retenues collinaires. L'objectif : stocker l'eau de l'hiver pour l'utiliser l'été. Mais ces projets sont critiqués par les écologistes, qui y voient une solution coûteuse et peu respectueuse de l'environnement.
Par ailleurs, des initiatives locales émergent, comme le recours aux eaux grises ou la récupération des eaux de pluie. Le changement des mentalités est en marche, mais le temps presse. La Corse, île riche en eau, doit apprendre à mieux la gérer sous peine de voir son économie et ses écosystèmes menacés.



