Markwayne Mullin, secrétaire à la Sécurité intérieure depuis mars 2026, s'était fixé un objectif : dans les six mois, l'ICE ne devait plus faire la une des journaux américains chaque matin. Deux mois avant l'échéance, le ministre peut revoir son calendrier. En une semaine, des agents de la police de l'immigration ont tué deux hommes lors de contrôles routiers, à Houston puis à Biddeford, dans le Maine. Selon plusieurs médias américains, aucun des deux n'était la personne recherchée.
Deux morts lors de contrôles routiers
La première victime, Lorenzo Salgado Araujo, était un immigré mexicain installé aux États-Unis depuis plus de trente ans. Il se rendait au travail avec trois passagers lorsque son véhicule a été intercepté. Dans le Maine, Joan Sebastian Durán Guerrero, un Colombien de 26 ans, a été abattu alors qu'il se trouvait dans une voiture. Le département de la Sécurité intérieure affirme que les deux hommes ont tenté de prendre la fuite. Il n'a pas rendu publiques d'images permettant de vérifier cette version.
Une fissure dans le camp républicain ?
Cette deuxième mort fait immédiatement entrer Susan Collins dans la séquence. La sénatrice républicaine du Maine appelle à trois reprises, dès lundi, Markwayne Mullin et lui demande de suspendre tous les contrôles routiers non urgents jusqu'à ce que les circonstances du tir soient établies. Mardi, le ministère accepte : les agents de l'ICE reçoivent l'ordre de ne plus provoquer eux-mêmes la plupart des interceptions de véhicules. Tom Homan, chargé des frontières à la Maison-Blanche, présente la mesure comme une courte pause destinée à vérifier que les procédures sont adaptées. Il assure sur Fox News que les opérations continuent, que les arrestations atteignent des niveaux record et que l'objectif général ne change pas.
La mesure a toutefois été décidée sans prévenir Donald Trump. Le président la découvre alors que plusieurs figures du mouvement Maga accusent déjà son gouvernement de céder aux élus modérés. Sur l'émission de Steve Bannon, le juriste conservateur Mike Davis s'en prend même directement à Markwayne Mullin : le ministre, lui rappelle-t-il, travaille pour Donald Trump, et non pour les démocrates ou pour Susan Collins.
Trump annule la suspension
Mercredi matin, Donald Trump annule donc la suspension. Sur Truth Social, il qualifie les contrôles routiers d'un des outils "les plus importants et les plus efficaces" de l'ICE et demande aux agents de reprendre leur travail en étant "judicieux, justes, et intelligents". Markwayne Mullin publie ensuite un communiqué pour assurer que le président et lui sont "sur la même ligne", le premier ordre ayant duré moins d'une journée.
Deux impératifs difficiles à concilier
La rapidité de cette annulation s'explique par la place prise par les contrôles routiers dans la politique migratoire de Donald Trump. Son administration demande à l'ICE d'atteindre environ 2 000 arrestations quotidiennes. Les opérations à domicile prennent davantage de temps et se heurtent à des habitants désormais mieux informés de leurs droits, notamment lorsqu'un agent se présente sans mandat signé par un juge. Intercepter une personne en déplacement permet d'augmenter plus rapidement les chiffres. Ces contrôles comptent pourtant parmi les interventions policières les plus risquées. Leur utilisation s'est intensifiée alors que l'administration réduisait la durée de formation des nouvelles recrues pour accélérer les embauches. Le cursus a depuis été rétabli à 71 jours.
Les deux dernières morts ne sont pas des cas isolés. Depuis janvier 2025, les agents fédéraux chargés de l'immigration ont ouvert le feu sur au moins 22 personnes. Six sont décédés, dont trois citoyens américains, presque toujours lors d'incidents impliquant des véhicules. En janvier, à Minneapolis, Renee Good et Alex Pretti avaient été abattus à quelques jours d'intervalle. Ces tirs avaient entraîné des manifestations, fragilisé la direction du ministère et provoqué le remplacement de Kristi Noem par Markwayne Mullin.
Un problème électoral potentiel
La querelle se transforme désormais en un problème électoral potentiel. Susan Collins présente depuis longtemps son indépendance à l'égard de Donald Trump et son influence à Washington comme deux arguments en faveur de sa réélection en novembre, pour les élections de mi-mandat des États-Unis. Cette fois, elle a obtenu la suspension demandée le mardi, avant que le président ne la désavoue publiquement mercredi, ce qui annonce d'ores et déjà la couleur de la cohésion du parti.



