Emmanuel Grégoire, candidat socialiste à la mairie de Paris pour les élections municipales de 2026, a annoncé ce vendredi 13 décembre 2024 son intention de piétonniser « à tout va » la capitale. L'ancien premier adjoint d'Anne Hidalgo souhaite transformer 50 % de la voirie parisienne d'ici 2030, en commençant par les abords des écoles et des gares. Cette proposition s'inscrit dans une stratégie de rupture avec la politique actuelle, qu'il juge trop timide en matière de réduction de la place de la voiture.
Un objectif de 50 % de voirie piétonnisée
Interrogé par Le Point, Grégoire a précisé que son plan vise à « piétonniser massivement » Paris, en priorisant les zones fréquentées par les enfants et les voyageurs. « Nous devons agir vite pour la santé des Parisiens et pour le climat », a-t-il déclaré, ajoutant que la piétonnisation des abords des écoles et des gares serait « la première étape » d'un vaste programme. Selon lui, la ville a déjà pris du retard par rapport à d'autres métropoles européennes comme Barcelone ou Copenhague.
Le candidat socialiste estime que la piétonnisation permettrait de réduire la pollution de l'air, qui cause chaque année des milliers de décès prématurés dans la région parisienne. Il cite une étude de l'Agence régionale de santé (ARS) d'Île-de-France, qui attribue 6 000 décès annuels à la pollution atmosphérique dans la métropole du Grand Paris. Grégoire assure que son plan serait « financé par une taxe sur les parkings privés des entreprises », sans donner plus de détails sur le montant attendu.
Une rupture avec la politique d'Anne Hidalgo
Cette annonce marque une rupture nette avec la politique menée par Anne Hidalgo, dont Grégoire a été le premier adjoint jusqu'en 2023. Si la maire sortante a déjà réduit la circulation dans l'hyper-centre et créé des zones à trafic limité, le candidat socialiste juge ces mesures insuffisantes. « Il faut aller beaucoup plus loin, plus vite », a-t-il insisté, en promettant de « supprimer 30 000 places de stationnement » d'ici 2030, contre 10 000 sous le mandat d'Hidalgo.
Grégoire a également critiqué le manque de concertation de la majorité actuelle avec les commerçants et les habitants des quartiers périphériques. « Je veux associer les Parisiens à chaque projet de piétonnisation, par le biais de référendums locaux », a-t-il expliqué, tout en reconnaissant que cette méthode pourrait ralentir le calendrier. Il a promis de lancer une « grande consultation citoyenne » dès le premier semestre 2025, si sa candidature est confirmée par le Parti socialiste.
Réactions et oppositions
Les réactions ne se sont pas fait attendre. Le groupe Les Républicains (LR) au Conseil de Paris a dénoncé une « mesure irréaliste » qui « asphyxierait les commerces de proximité ». Le président du groupe LR, Pierre-Yves Bournazel, a déclaré : « Emmanuel Grégoire veut faire de Paris un musée à ciel ouvert, mais les Parisiens ont besoin de vivre et de travailler. » De son côté, la candidate écologiste, Anne Souyris, a salué l'ambition mais a jugé le calendrier « trop lent ».
Le gouvernement a également réagi par la voix du ministre des Transports, qui a estimé que « piétonniser 50 % de la voirie en cinq ans est techniquement impossible sans provoquer des embouteillages monstres en banlieue ». Grégoire a rétorqué que son plan serait accompagné d'un « renforcement massif des transports en commun », notamment des lignes de bus et de tramway, sans préciser de financement.
En attendant, le candidat socialiste doit encore obtenir l'investiture de son parti, qui pourrait être disputée par d'autres figures comme l'ancienne ministre de la Santé, Agnès Buzyn. La primaire interne au PS est prévue pour le printemps 2025. Si Grégoire est désigné, il devra faire face à une concurrence multiple : Anne Hidalgo (PS, candidate à sa réélection), Anne Souyris (EELV), Pierre-Yves Bournazel (LR) et peut-être un candidat de La République en marche, qui n'a pas encore tranché.



