Le général de division (2S) Bertrand Cavallier, ancien commandant du Centre national d’entraînement des Forces de gendarmerie de Saint-Astier, a livré une analyse sévère de la gestion des violences urbaines survenues le 17 octobre. Interrogé par 20 Minutes, il estime que la stratégie des forces de l’ordre a conduit à un « résultat catastrophique », permettant aux casseurs de se livrer à des « activités de prédation de grande ampleur ». Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a reconnu lundi une « perte de contrôle » dans certaines villes.
Une stratégie inadaptée face à des pillages massifs
Selon le général, les autorités ont raisonné selon un schéma traditionnel, déployant des forces mobiles (gendarmes mobiles et CRS) pour encadrer les manifestations, tout en intégrant la menace des black blocks. Mais le scénario a été différent : une incursion massive de jeunes de banlieue aptes à la confrontation, qui se sont dispersés dans les villes en groupes très actifs pour piller. Il compare cette situation à l’erreur majeure commise lors de la finale de la Ligue des champions au Stade de France le 28 mai 2022, où le dispositif avait souffert d’un « manque cruel de personnels de sécurité publique ». Il affirme que la commission parlementaire, lorsqu’elle fera son travail, montrera que la mobilisation n’était pas suffisante par rapport à une menace que l’on ne voulait pas prendre en compte.
Un problème de disponibilité, pas seulement d’effectifs
Le général Cavallier rappelle que les ratios d’effectifs par rapport à la taille du pays sont dans la moyenne supérieure, mais que la disponibilité des forces de l’ordre s’est fortement réduite ces trente dernières années, comme le souligne la Cour des comptes. Il s’étonne que des polices municipales soient utilisées comme unités de maintien de l’ordre, ce qui révèle un dysfonctionnement profond. Il appelle à « remettre de l’ordre dans le fonctionnement de nos forces de sécurité ».
Vers un quadrillage offensif et des forces prépositionnées
Face à des milliers d’individus agressifs et dynamiques qui se dispersent, les schémas actuels sont « inadaptés ». Le général préconise des forces prépositionnées quasi permanentes, capables de mener des opérations de contrôle de zones selon un « quadrillage offensif ». Concrètement, un état-major opérationnel se verrait confier un arrondissement, avec des forces mobiles prépositionnées sur un point-clé, appuyées par des blindés de la gendarmerie (les Centaure), équipés pour le maintien de l’ordre. Il suggère aussi de recourir à du personnel en civil de la police nationale et à des drones, et pose la question de « sanctuariser les villes ». Il estime que cela relève désormais de la « contre-insurrection », ce qui appelle une autre approche.
Une menace croissante pour les commissariats et les habitations
Le général insiste sur la nécessité d’équiper davantage les unités territoriales (gendarmerie et police) pour tenir le terrain et défendre les bâtiments. Il rappelle qu’en 2023, une soixantaine de commissariats et une quarantaine de gendarmeries ont été attaqués. Il craint surtout que des habitations soient investies de force à l’avenir, avec tout ce que cela implique.
Un processus de fracture et un risque d’ingérence étrangère
Analysant l’évolution des violences, le général Cavallier note qu’après 2003, où les émeutes étaient restées limitées, et 2025, où elles se sont étendues aux centres-villes, ces événements s’inscrivent dans un processus de « partition, d’opposition, de fracture ». Les banlieues sont de moins en moins contenues, et il évoque un « scénario de submersion » de Paris, qu’il avait anticipé il y a vingt ans. Il prévient que ce n’est qu’un « premier effet de choc » et qu’il y en aura d’autres, car la France cumule des facteurs de confrontation : faillite économique, crise sociale, fracture culturelle, environnement géopolitique dégradé. Il appelle à une « posture de vigilance permanente », surtout à l’approche de l’élection présidentielle.
Enfin, il évoque une « constante d’ingérence » en France depuis l’étranger pour provoquer le désordre, citant des exemples historiques (Libye, URSS, États-Unis) et des pays actuels comme l’Algérie, la Turquie, l’Iran et la Russie. Il y voit une « guerre hybride » très active, avec des stratégies de déstabilisation via les réseaux sociaux, qui ont contribué au climat des violences du week-end.