Maintien de l'ordre : le général Mahlet défend la doctrine face aux critiques
Maintien de l'ordre : Mahlet défend la doctrine

Le général de division Bertin Mahlet, inspecteur de la gendarmerie mobile, a accordé un entretien à 20 Minutes pour expliquer les difficultés du maintien de l'ordre lors des manifestations, alors que les appels à la mobilisation pour ce samedi 17 octobre se multiplient. Il répond aux critiques sur l'usage de la force et détaille les stratégies pour encadrer un mouvement hybride, alliant « gilets jaunes », étudiants et lycéens.

Une mobilisation hybride et difficile à estimer

Le général Mahlet reconnaît que la mobilisation de samedi s'annonce hybride et relativement difficile à estimer. « Ce n'est pas la première fois qu'on a un mouvement hétérogène avec une convergence des luttes », souligne-t-il. La principale difficulté réside dans la diversité des participants : « On va avoir des gens qui viennent en famille manifester pacifiquement, des élus… Mais on sait que dès l'instant où il y a une mobilisation qui s'annonce massive, il va y avoir des black blocs qui vont se greffer et provoquer des troubles. »

Selon lui, l'objectif de ces groupes est « la déstabilisation ». Le rôle des forces de l'ordre est d'« accompagner ce droit de manifester sans risque de se retrouver dans une situation insurrectionnelle ».

Anticipation et formation des forces de l'ordre

Le maintien de l'ordre commence bien avant le début du cortège. Cela passe par « le choix du tracé, un travail sur la voirie, contrôler les abords du cortège pour enlever les objets dangereux, filtrer les personnes qui ont une interdiction de paraître ». Ces mesures peuvent être « mal perçues » mais visent à sécuriser la manifestation.

La formation est également essentielle. Les escadrons de gendarmerie mobile suivent des stages de perfectionnement, avec des exercices ajoutés après les « gilets jaunes » pour coller à la réalité du terrain. « On les pousse dans leur retranchement pour que leur discernement, leur maîtrise du cadre légal et le bon emploi des moyens soient au rendez-vous », explique le général. Les gendarmes sont formés pour « absorber une partie de la colère : les insultes, parfois les projectiles ».

Une « uberisation » des mouvements et des imprévus

La mobilisation de samedi se caractérise par une démultiplication des sites, pas seulement à Paris et dans les grandes villes. Le général Mahlet observe une « forme d'uberisation des mouvements avec les réseaux sociaux, c'est beaucoup plus spontané ». Contrairement aux mobilisations syndicales, il n'y a pas d'organisateur bien identifié, ni de services d'ordre, ni de dialogue préalable.

Pour gérer ces imprévus, il faut « toujours garder une réserve d'intervention, des forces capables de parer à l'imprévu ou d'assurer une montée en puissance sur un secteur particulièrement dégradé ». L'art du maintien de l'ordre combine « la discrétion tant qu'il n'y a pas de difficultés et l'évaluation en permanence du risque ». En cas de black blocs, « on doit intervenir dès les premiers regroupements et silhouettages ».

La doctrine du maintien à distance et les critiques

Le général Mahlet défend la philosophie historique du maintien de l'ordre, basée sur la distance, qui « limite les affrontements ». Cependant, la délinquance s'est invitée dans ces événements : « quand vous avez des casseurs qui font capoter une manifestation, il faut les neutraliser ». La judiciarisation implique de se rapprocher pour identifier et interpeller les auteurs, ce qui explique que « la majorité des cas de blessures, c'est à cause de ce contact trop proche et non du maintien à distance ».

Concernant les blessures graves lors des « gilets jaunes » et des manifestations lycéennes, il affirme : « Un blessé, ce n'est pas une statistique, c'est un cas humain qui doit conduire à une réflexion immédiate. » Les blessures surviennent souvent lorsque les forces répliquent à une agression. L'emploi des moyens les plus vulnérants « ne relève pas d'une décision individuelle » mais est supervisé.

Interrogé sur les armes non létales, il les juge nécessaires : « Lumière, bâtons, lacrymogène, grenades, LBD… Toute cette panoplie contribue à l'emploi mesuré de la force légitime. » Il rappelle que les forces sont exposées à « des armes plus dangereuses que les nôtres », comme des cocktails Molotov, des bouteilles d'acide ou des mortiers d'artifice.

En réponse à la Ligue des droits de l'homme, qui dénonçait le 1er octobre « l'usage indiscriminé des gaz lacrymogènes et d'armes sublétales mutilantes », le général Mahlet précise que le nuage de lacrymogène « par définition, ce n'est pas discriminant », mais que le LBD, lui, est utilisé « face à un individu identifié, porteur d'une menace imminente ». Tout emploi de la force est « tracé, comptabilisé, apparaît dans nos rapports ». Il conclut : « Désarmer les forces de l'ordre n'est pas la solution », mais ouvre la porte à des « moyens alternatifs ou complémentaires » dans la chaîne de gradation.