Le premier tour de la primaire sociale-démocrate s'achève ce dimanche à 18 heures. Quelque 140 000 votants sont appelés à choisir parmi cinq prétendants, dont le favori Raphaël Glucksmann, qui espère l'emporter dès ce premier tour. Mais une cyberattaque survenue vendredi a perturbé le scrutin, laissant le résultat plus incertain que jamais.
Une cyberattaque qui a perturbé le vote
Le vote, qui se déroule exclusivement par voie électronique, a été ralenti par une cyberattaque lancée vendredi matin à l'ouverture du scrutin. Les organisateurs ont été contraints de prolonger la votation jusqu'à dimanche 18 heures. Le résultat doit être connu dans la foulée. "Nous sommes manifestement face à une attaque contre la démocratie française, qui va bien au-delà de la primaire des socialistes", a estimé Patrick Mennucci, président de la commission d'organisation de la primaire, dans La Tribune Dimanche.
Le vote a pu reprendre normalement vendredi soir. Dimanche à 9 heures, plus de 110 000 personnes avaient déjà voté, selon les organisateurs. Si la primaire a attiré plus de monde que les 90 000 inscrits escomptés, elle reste loin des grandes heures du PS : en 2012, la primaire qui avait conduit à la victoire de François Hollande avait rassemblé entre 2,6 et 2,8 millions de votants, et en 2017, celle qui avait désigné Benoît Hamon en avait réuni entre 1,6 et 2 millions.
Les forces en présence
Raphaël Glucksmann, eurodéputé, table sur ses nombreux soutiens au sein du PS, notamment les chefs des deux groupes parlementaires de l'Assemblée et du Sénat, en plus de ses partisans de Place publique. Un second tour est prévu si nécessaire les 16 et 17 octobre.
Le patron du Parti socialiste, Olivier Faure, fait figure de challenger. Il compte sur le patriotisme de parti pour l'emporter, mais n'est crédité dans les sondages que de 3 à 5 % des voix, loin des intentions de vote de Raphaël Glucksmann, qui navigue entre 10 et 12 %. L'ex-candidate à la présidentielle de 2007, Ségolène Royal, espère aussi tirer son épingle du jeu, vingt ans après avoir été présente au second tour d'une élection présidentielle. Un sondage Harris Interactive pour M6 et RTL, publié vendredi, la place en deuxième position dans les préférences des Français, derrière Raphaël Glucksmann et devant Olivier Faure. Les députés Jérôme Guedj (PS) et Emmanuel Maurel (Gauche républicaine et socialiste) font figure d'outsiders.
La crainte d'un "effacement" du PS
Avec une large part de votants qui ne sont pas issus des partis politiques organisateurs et se sont inscrits sur une plateforme dédiée, le corps électoral reste largement inconnu. Très identifié sur l'international et l'Europe, Raphaël Glucksmann voit dans cette primaire le début d'une "refondation de la gauche", avec une rupture claire avec La France insoumise (LFI) et son leader Jean-Luc Mélenchon. Ce fut d'ailleurs son principal sujet de discorde avec Olivier Faure et Ségolène Royal lors des débats télévisés.
Soutenu par Jérôme Guedj, Raphaël Glucksmann, qui considère que Jean-Luc Mélenchon joue avec les codes de l'antisémitisme, a accusé le patron du PS de vouloir se rapprocher du patriarche insoumis, comme il l'a déjà fait à deux reprises au moment de la Nupes (2022) et du Nouveau Front populaire (2024). Olivier Faure, partisan d'un rassemblement de la gauche à l'Assemblée, l'a accusé en retour de vouloir se rapprocher du centre, ravivant le procès en "macronisme" qui colle à la peau de l'eurodéputé. Lui qui avait désigné Raphaël Glucksmann comme tête de liste du PS aux élections européennes en 2019 et 2024 considère désormais qu'une victoire de l'eurodéputé signifierait l'"effacement" du PS dans l'élection présidentielle. Ségolène Royal a aussi déploré un "hold-up" du leader de Place publique sur le PS.
Un rassemblement difficile
De son côté, Raphaël Glucksmann a estimé qu'il était "le seul" à véritablement croire en une victoire de la social-démocratie à la présidentielle, et que ses concurrents avaient "l'esprit de défaite". Des dissensions qui présagent d'un difficile rassemblement derrière celui qui sera désigné vainqueur.
Jean-Luc Mélenchon a affirmé samedi attendre que la primaire "se passe". "Une fois que le candidat socialiste sera désigné, le tableau sera plus stabilisé", a-t-il dit. "Enfin, pas tout à fait de leur côté", a-t-il ironisé. Le résultat du premier tour, attendu dans la soirée, dira si Raphaël Glucksmann parvient à l'emporter dès dimanche ou si un second tour sera nécessaire les 16 et 17 octobre.