Depuis ce mardi 8 septembre et jusqu'à fin octobre, l'intersyndicale des pompiers appelle à une grève nationale. Dans le Gard, les hommes du feu sont en surchauffe. Il était encore trop tôt ce mardi 8 septembre pour mesurer l'ampleur de la mobilisation, premier jour d'une grève appelée à durer six semaines.
"Nous allons être très mobilisés pour le grand rassemblement du 27 au 29 septembre à Paris", annonce Mathieu Manetti, le secrétaire départemental Sud Sdis, le syndicat majoritaire (70 % aux dernières élections). Plus de 220 pompiers et personnels administratifs et techniques monteront à Paris, participeront au campement sur le Champ de Mars "pour que les élus et la population nous voient et nous entendent" et à la manifestation interprofessionnelle de la fonction publique le 29 septembre.
Un dispositif de réquisition pour maintenir la réponse opérationnelle
"On a mis en place un dispositif de réquisition en lien avec la préfecture, il n'y aura aucune rupture sur la réponse opérationnelle", rassure le colonel Sébastien Paletti, le directeur du Sdis du Gard.
Les mégafeux de l'été ont embrasé la colère des pompiers, lessivés par un été hors normes, qui demandent plus de moyens humains, matériels et financiers. Dans le Gard, le plus gros incendie de l'été a mobilisé plus de 300 pompiers à Lédenon début juillet "mais on a eu jusqu'à 30 départs de feu par jour et beaucoup de secours à personnes. On était vraiment à flux tendu", explique Mathieu Manetti. Sans compter les 700 à 800 pompiers partis en renfort dans le bassin d'Arcachon, dans le Var et en Corse.
Un déficit de 50 pompiers professionnels selon le syndicat
Le Sdis gardois compte 30 centres de secours, 721 pompiers professionnels et 2 500 volontaires qui ont fait près de 65 000 interventions en 2025. Le syndicaliste estime qu'il manquerait 50 professionnels pour mieux fonctionner. "On a une convention avec le Département pour l'octroi de 10 pompiers par an pendant cinq ans. Mais notre population est vieillissante avec une moyenne d'âge de 45 ans, et les trente pompiers déjà arrivés compensent surtout les absences. Les quinze dernières embauches sont liées à l'ouverture de la caserne de Bagard… dont les travaux n'ont toujours pas commencé".
"Le Gard a fait beaucoup d'efforts", tempère le colonel Paletti. "Nous avons un plan de recrutement jusqu'en 2028 où nous aurons 750 pompiers professionnels".
Des infrastructures vétustes et des équipements inadaptés
C'est surtout au niveau des infrastructures que le Gard est en retard, estime le syndicat Sud : "La moitié des casernes sont vétustes et insalubres". Mathieu Manetti pointe aussi les équipements inadaptés, "des pompiers d'autres pays européens venus nous aider avaient des cagoules plus efficaces contre les fumées toxiques que nous."
Le colonel Paletti, directeur du Sdis, observe lui aussi les changements inéluctables : "On a vécu un été historique, il va falloir adapter le service aux nouveaux risques car ça ne va pas s'arranger". Le projet de loi de modernisation de la sécurité civile répondra-t-il à leurs attentes ? Avec l'intensification et la multiplication de leurs missions, les pompiers réclament aussi un autre financement des Sdis dans lequel l'État prendrait sa part.
"Ivresse de voie publique, malaise à domicile, personne bloquée dans un ascenseur… on est devenu les couteaux suisses du service public par manque de moyens ailleurs, faute d'ambulances, à cause de services d'urgences fermés…" déplore Mathieu Manetti. "Les secours à personne explosent de 8 % cette année et on part sur les mêmes bases pour 2026. Il faut qu'on recentre nos missions".



