Le Premier ministre hongrois Péter Magyar a annoncé ce lundi 20 juillet 2026 son intention de proposer Judit Polgár, considérée comme la plus grande joueuse d'échecs de tous les temps, à la présidence de la République. Arrivé au pouvoir en mai 2026 après avoir mis fin à seize années de règne de Viktor Orbán, Magyar poursuit le démantèlement du système hérité de son prédécesseur.
Une transition politique sous tension
Le président sortant, Tamás Sulyok, régulièrement dénoncé comme une « marionnette » d'Orbán, a quitté ses fonctions après avoir signé un amendement constitutionnel mettant fin à son mandat. Cette transition radicale ne va pas sans frictions : des organisations de défense des droits humains, comme Human Rights Watch, s'inquiètent de méthodes qu'elles jugent « réminiscentes de l'ère Fidesz ».
En attendant une nouvelle Constitution, Magyar cherche une figure capable de rassembler. « Notre pays a besoin d'unité, de paix et d'un président dont tous les Hongrois puissent être fiers », a-t-il déclaré sur Facebook. Le nom de Judit Polgár, qui fête ses 50 ans le 23 juillet, circulait déjà dans une lettre ouverte signée par seize personnalités hongroises, dont l'astronaute Tibor Kapu et Ernő Rubik, inventeur du Rubik's cube.
Une carrière exceptionnelle
Judit Polgár est la seule femme à avoir intégré le Top 10 mondial toutes catégories confondues, atteignant la huitième place. Numéro un mondiale féminine pendant plus d'un quart de siècle, elle a toujours refusé d'être cantonnée aux compétitions féminines. Dès l'adolescence, elle a choisi d'affronter les meilleurs joueurs du monde, convaincue que les échecs ne devraient pas être séparés selon le sexe.
Son parcours est le fruit d'une expérience éducative familiale. Dans les années 1970, ses parents, Klara et László Polgár, tous deux professeurs, décident d'élever leurs trois filles pour en faire des championnes d'échecs. « Nous étions pauvres, se souvient László Polgár dans le documentaire Queen of Chess (Netflix, janvier 2026). Je voulais un avenir meilleur pour mes filles et j'ai commencé à étudier les biographies des grands génies. (…) On travaillait tous les jours, mais les filles s'amusaient bien. »
Les résultats sont spectaculaires : en 1986, à 9 ans, elle bat sept adultes de suite lors d'un tournoi à New York. En 1991, à 15 ans, elle devient la plus jeune grand maître de l'histoire, battant le record de précocité détenu depuis 1958 par Bobby Fischer.
Un combat contre le sexisme
Judit Polgár a dû s'imposer dans un milieu profondément sexiste. À la fin des années 1980, le champion britannique William Hartston affirmait : « Il faut la pure capacité mentale de pouvoir comprendre le monde des échecs et la personnalité idoine pour devenir compétent. Les femmes n'ont aucun des deux. » Face à ce mépris, elle confie : « Nous voulions faire changer cette idée reçue complètement idiote. » Pari gagné : elle reste la seule femme dans le Top 10 mondial, conservant la place de numéro un mondiale féminine pendant 25 ans jusqu'à sa retraite en 2014. Certains adversaires, refusant de perdre contre une femme, ne lui serraient pas la main après une défaite.
La victoire contre Kasparov
Le 9 septembre 2002, à Moscou, lors du match Russie contre le Reste du monde, Judit Polgár affronte l'invincible numéro un mondial, Garry Kasparov. Le Russe, qui l'avait méprisée et avait même triché lors de leur premier affrontement en 1994, est contraint à l'abandon. « C'est au moment où j'ai réussi à forcer l'abandon de Kasparov, à Moscou, en 2002, que pour moi s'écrivait une page de l'histoire des échecs », confiait-elle au Figaro en mai 2026.
Une icône culturelle
Bien avant le succès de la série Le Jeu de la dame, Judit Polgár incarnait déjà la figure de la jeune prodige défiant un univers masculin. Depuis sa retraite en 2014, elle se consacre à l'éducation, commente des tournois en ligne et organise le Judit Polgar Global Chess Festival à Budapest. Selon le politologue Peter Kreko, interrogé par l'AFP, « elle pourrait jouer un rôle diplomatique particulièrement utile à un moment où la transformation de la Hongrie suscite un intérêt international considérable ». Le parti Fidesz de Viktor Orbán a dénoncé une « mascarade » et un « écran de fumée » par la voix de son porte-parole Bertalan Havasi.



