Drapeaux dans les écoles de Nice : Ciotti divise, la loi le permet
Drapeaux à Nice : Ciotti divise, la loi le permet

Le maire UDR de Nice, Éric Ciotti, a annoncé vendredi son intention d'installer un mât avec le drapeau français dans chaque cour d'école élémentaire et d'organiser « au moins chaque semaine une levée des couleurs […] avec La Marseillaise ». Dès la Toussaint, 89 écoles niçoises seront équipées de ces dispositifs. Cette mesure, présentée comme un moyen de transmettre « dès le plus jeune âge l'amour de la France, de son histoire et de ses symboles », divise la classe politique locale, mais semble juridiquement envisageable à condition de ne pas « passer en force ».

Une initiative qui s'inscrit dans un cadre existant

Cette décision n'est pas nouvelle. En septembre 2025, le député UDR de La Marne, Maxime Michelet, avait formalisé dans un rapport des propositions pour « répondre au défi de l'unité nationale » et réaffirmer les symboles républicains à l'école. Parmi elles figurait l'installation d'un « mât des couleurs » dans chaque établissement scolaire, lieu d'une « cérémonie des couleurs » organisée régulièrement.

Par ailleurs, dès 2019, alors député LR de la 1ʳᵉ circonscription des Alpes-Maritimes, Éric Ciotti avait déposé un amendement conservé dans le texte final de la loi Blanquer « pour une école de la confiance », promulguée en juillet 2019. Depuis, chaque classe des établissements du premier et du second degré doit obligatoirement afficher le drapeau tricolore, le drapeau européen, la devise de la République (Liberté, Égalité, Fraternité) et les paroles de l'hymne national.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Des critiques politiques et syndicales

À gauche, cette annonce est perçue comme un coup politique. Juliette Chesnel-Le Roux, cheffe du groupe écologiste et de gauche au conseil municipal de Nice, dénonce un arbitrage au détriment des familles : « Quand on supprime les fournitures gratuites, on ne fait pas oublier la facture de la rentrée en agitant un drapeau. […] Les enfants ont besoin de livres, de cantines accessibles, d'enseignants et de bâtiments dignes, pas d'une opération de communication. »

David Nakache, président de l'association Tous citoyens et membre du rassemblement ViVA !, estime que « le message est clair : le chauvinisme remplace la lutte contre les inégalités sociales ». L'opposition estrosiste, plus mesurée, réaffirme son « attachement aux symboles de la République » mais tancent une démarche précipitée et médiatique. Selon les élus du groupe UDC, « la volonté d'Éric Ciotti d'instaurer à la hâte des mâts et un protocole cérémoniel hebdomadaire […] fait courir le risque d'une désorganisation et d'une banalisation d'un symbole qui mérite toute notre considération ». Philippe Pradal, ancien adjoint de Christian Estrosi, conclut : « L'école ne peut pas être une politique de symboles d'un côté et de désengagement concret de l'autre. »

Des précédents dans la région

Certaines municipalités ont devancé Éric Ciotti. À Marignane, dans les Bouches-du-Rhône, le maire Éric Le Dissès a instauré la levée du drapeau chaque lundi matin dans deux écoles primaires depuis six mois. À Saint-Raphaël, dans le Var, le maire Frédéric Masquelier - membre de Nouvelle Énergie, le parti de David Lisnard - l'impose depuis février 2025 chaque matin pour les plus de 6 ans en centre de loisirs.

Un cadre juridique permissif mais encadré

Du côté de la loi, rien ne semble s'opposer à cette mesure. Me Thibault Pozzo di Borgo, avocat au barreau de Nice, analyse : « Le législateur n'apporte aucune réponse directe sur la possibilité pour une commune d'imposer une levée hebdomadaire du drapeau, la seule contrainte est de ne pas altérer la devise ni transformer ce cérémonial en instrument de pression ou de prosélytisme. En pratique, toute initiative communale en ce sens devrait s'inscrire dans une coopération avec les autorités éducatives compétentes, respecter la répartition des compétences et rester compatible avec les exigences de neutralité et le cadre conventionnel tel que dégagé par la Cour européenne des droits de l'homme. Mais personnellement, je ne vois rien dans une telle décision qui contreviendrait aux principes qui précèdent. »

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Un juriste reconnu de la région confirme : « Éric Ciotti peut installer des mâts avec des drapeaux, pas de problème. Mais imposer que l'on chante la Marseillaise avec une levée de drapeau, non. En revanche, et c'est ce qu'il est en train de faire, il peut demander poliment au recteur “d'envisager” de mettre en place ce cérémonial, par exemple dans le cadre d'un programme éducatif plus large consacré à l'apprentissage de la citoyenneté, des valeurs et des symboles de la République. Dès lors qu'il ne passe pas en force, et que tous les acteurs concernés sont d'accord, c'est envisageable. Après, est-ce que c'est opportun, ça c'est une autre histoire… »