Couvre-feu et enquêtes : Lecornu durcit le ton après les pillages
Couvre-feu et enquêtes : Lecornu durcit le ton

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé, lundi 19 octobre au soir, l'entrée en vigueur de couvre-feux dans plusieurs grandes métropoles françaises, en réaction aux pillages et dégradations survenus le week-end dernier. À Paris, la mesure s'applique de 23 heures à 6 heures dans les quartiers des Halles et de République, ainsi que sur une partie de la presqu'île de Lyon, dans le centre de Nice et dans plusieurs quartiers de Lille et des communes attenantes.

Une riposte judiciaire massive

Plus de 500 gardes à vue sont en cours, a annoncé le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, qui a demandé des poursuites pour criminalité organisée à l'encontre des suspects. Intervenant au 20 heures de TF1, il a précisé que 2 513 personnes avaient été placées en garde à vue depuis samedi, dont 67 déjà incarcérées pour des violences. Une instruction a été donnée à tous les parquets de France pour requalifier les faits en criminalité organisée, ce qui permet de prolonger la durée de la garde à vue de 48 à 72 heures.

Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez, a déclaré sur France Inter : « Je suis responsable de tout ce qui se passe. J'ai un sens de l'intérêt général et, vu les dégâts qu'il y a eu, il était normal que je remette ma démission. » L'Élysée a fait savoir qu'Emmanuel Macron avait refusé son départ, au nom de « la nécessité d'un commandement continu des forces de l'ordre dans le contexte actuel ». Nunez a toutefois annulé son déplacement à Marseille.

Des investigations sur les réseaux sociaux

Une opération judiciaire massive démarre avec près de 200 enquêteurs sur la seule préfecture de Paris, chargés d'analyser les images des réseaux sociaux pour identifier les auteurs des pillages. Le Premier ministre a annoncé que des outils nouveaux permettront aux citoyens d'alimenter ces enquêtes.

Une réunion a été organisée à Bercy par le ministre du Commerce, Serge Papin, avec les plateformes de commerce en ligne, après la découverte d'annonces revendant des objets volés. « De tels comportements ne resteront pas impunis. Nous attendons de ces plateformes qu'elles retirent sans délai les annonces en question », a déclaré Papin. La plateforme Vinted a réagi en affirmant appliquer « une tolérance zéro » sur tout objet pouvant provenir d'un vol.

État d'urgence et mouvement social

Le Premier ministre n'a pas exclu une entrée en état d'urgence : « Si c'est nécessaire, évidemment nous pourrions » l'instaurer. « À date, le couvre-feu me paraît davantage adapté », a-t-il ajouté, tout en dénonçant un mouvement d'ultragauche qui « a envie d'organiser un désordre profond dans le pays jusqu'à l'élection présidentielle ». Selon lui, « pas question que des minorités violentes imposent un agenda de violence et nous empêche de tenir cette élection ».

Le Parquet national antiterroriste « s'est placé en position d'observateur » sur l'incendie de la mairie de Limoges. Selon le gouvernement, 550 000 personnes ont manifesté dimanche, 800 000 selon la CGT, sans incident pour la majorité des cortèges. Laurent Nunez a indiqué que 60 000 policiers étaient mobilisés. Une réunion avec l'intersyndicale est prévue mercredi matin à Matignon pour échanger sur la suite du mouvement social.