Statue de Max Barel à Nice : la famille du résistant s'oppose au projet
Statue Max Barel à Nice : la famille du résistant s'oppose

La famille de Max Barel, résistant communiste tué par la Gestapo, s'oppose fermement au projet de statue en son honneur, porté par le maire UDR de Nice Éric Ciotti, allié au RN. Cette initiative, adoptée à l'unanimité en conseil municipal le 6 juin 2026, divise profondément la gauche niçoise, entre un Parti communiste favorable et des opposants comme LFI ou la famille du résistant.

Un projet de statue à la mémoire d'un résistant communiste

Max Barel, né à Menton en 1913, était un militant communiste engagé dans la Résistance dès 1941. Il est mort en 1944 sous la torture de la Gestapo à Lyon. Fils de Virgile Barel, figure de la résistance communiste et de la vie politique niçoise, nommé président de la délégation spéciale de Nice à la Libération, Max Barel est une figure locale de la Résistance.

L'idée d'ériger une statue n'est pas nouvelle : dès 2012, l'association República de Nissa, de défense de l'identité niçoise, portait ce projet. Mais c'est le 8 mai 2026 que Julien Picot, conseiller municipal d'opposition et secrétaire départemental du Parti communiste français, en fait officiellement la demande au nouveau maire Éric Ciotti. Ce dernier répond favorablement le 13 mai 2026, saluant dans un communiqué « un grand héros niçois, figure emblématique de la Résistance française, dont le parcours exceptionnel reste profondément lié à l'histoire de notre ville ». La statue doit voir le jour sur la place Max Barel, dans le quartier du port.

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La gauche divisée face à une décision controversée

Si le conseil municipal a voté le projet à l'unanimité, la gauche se déchire. Dès le 14 mai, Olivier Salerno (LFI) et Robert Injey (Alternative communiste) accusent Éric Ciotti de récupération politique. « L'idée qu'une statue en l'honneur de Max Barel soit inaugurée par l'allié politique des héritiers de ceux qui étaient complices de ses assassins nazis n'est pas seulement inconvenante. C'est une insulte à sa mémoire », écrivent-ils dans un communiqué.

Ce vendredi 28 août, lors d'une cérémonie de commémoration du 82e anniversaire de la Libération de Nice, organisée par LFI et Alternative communiste, le neveu de Max Barel, qui porte le même nom, a exprimé l'opposition de sa famille. « Toute la famille de Max est solidairement contre cette initiative de statue sous le mandat d'Éric Ciotti. À aucun moment la famille n'a été impliquée dans cette initiative, consultée, ni même informée d'une quelconque façon », a-t-il déploré.

« Les fascistes n'ont pas disparu »

Dans son discours, le neveu a ajouté : « Il ne suffit pas de se prétendre républicain pour s'approprier la mémoire de Max. C'est une faute politique. Alors que son corps n'a jamais été retrouvé […], les fascistes, eux, n'ont pas disparu. Ils ont fondé un parti en détournant déjà le nom d'une organisation résistante majoritairement communiste. C'est ce parti même que certains travaillent depuis longtemps à rendre fréquentable, “républicain”. Ce parti qui pourrait prendre le pouvoir l'année prochaine si nous ne l'en empêchons pas. Dans cette perspective, toute manifestation ou cérémonie qui permet à l'extrême droite de jouer au Républicain consensuel est gravement funeste. »

Il a toutefois tenu à désamorcer les tensions avec le Parti communiste : « Je tiens beaucoup à désamorcer la guéguerre malsaine et toxique que certains voudraient installer entre le PCF et LFI. Malgré les termes injurieux utilisés dans un post Facebook par un responsable local du PC à l'égard de ma famille, je tiens à dire tout le respect et même l'affection que j'ai eue dans ma vie pour les militants et sympathisants communistes que j'ai pu connaître. »

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« Les seuls héritiers politiques des communistes sont les communistes »

Cette déclaration fait référence à un post Facebook de Julien Picot, daté du 18 août, intitulé « L'héritage de sang n'a jamais été un héritage idéologique. » Picot y écrit notamment : « On peut porter un nom, descendre d'une famille, revendiquer une filiation ou se réclamer d'une histoire sans jamais en avoir partagé les combats, les valeurs et les engagements. […] L'histoire politique ne se transmet pas par le sang. Elle se construit par les actes. Il est donc particulièrement indécent de voir certains tenter de récupérer l'héritage des communistes, de la Résistance et du mouvement ouvrier alors qu'ils n'ont, dans leur propre histoire politique, rien à vendre, hormis la haine du Parti communiste français. »

Il ajoute : « Ce qui est à vomir, c'est cette volonté de s'approprier les combats de celles et ceux qui ont payé de leur vie leur engagement pour la liberté, la République, la justice sociale et l'émancipation humaine. L'héritage des communistes appartient aux communistes, à celles et ceux qui font vivre aujourd'hui leurs combats. Les seuls héritiers politiques des communistes sont les communistes. »

Le projet de statue reste donc au cœur d'une polémique qui oppose la famille du résistant, une partie de la gauche et le Parti communiste, tandis que la décision municipale a déjà été entérinée. La concrétisation de ce projet pourrait raviver les tensions à l'approche des échéances électorales de 2027.