L'Instance nationale indépendante de réparation et de réparation (Inirr), créée en 2021 par l'épiscopat français, cède mardi sa place à une nouvelle structure, Renaître, suscitant la méfiance des victimes. Marie Derain de Vaucresson, présidente de l'Inirr, a indiqué à l'AFP avoir reçu 1.924 demandes depuis mars 2022, se disant « humblement » « très fière de ce qu'on a réalisé ».
Un bilan chiffré et une activité en hausse
L'Inirr estimait à 330.000 le nombre de mineurs victimes de violences sexuelles dans l'Église depuis 1950. Elle traitait les faits commis dans les diocèses, tandis qu'une autre instance, la CRR, reste active pour les congrégations. Sa mission : mettre en place une démarche restaurative d'écoute et de reconnaissance, aboutissant à une réparation symbolique (pose d'une plaque, demande de pardon) ou financière, avec des victimes pouvant recevoir jusqu'à 60.000 euros.
Après un fort afflux initial, le rythme des demandes a ralenti en 2024 avant de repartir à la hausse, en écho à la médiatisation d'affaires touchant l'Église, comme celles de l'abbé Pierre ou des écoles catholiques telles que Bétharram. L'activité de l'Inirr a augmenté de 35 % l'an dernier, et 26 demandes ont encore été reçues au cours des trois premières semaines d'août.
Une nouvelle architecture contestée
À partir du 1er septembre, les victimes s'adresseront à Renaître, une structure présentée en mars par les évêques. La Conférence des évêques de France (CEF) promet qu'« une nouvelle équipe se met en place pour poursuivre l'accompagnement des victimes, y compris le volet financier », en garantissant « l'indépendance » de l'instance. Dans la nouvelle architecture, les victimes saisiront des cellules d'écoute dans les diocèses, qui les orienteront vers un réseau local d'accompagnants constitué en organisme national indépendant. « Ce n'est en rien une rupture, mais une continuité », ajoute-t-on à la CEF.
Mais les critiques ont été nombreuses dès la présentation du dispositif. Michèle Le Reun-Gaigné, présidente du collectif Ampaseo, qualifie le nouveau dispositif de « coquille vide » et estime que la fin de l'Inirr « est une catastrophe » car « c'est un organe indépendant et compétent qui disparaît ».
Un contexte sensible avant la visite du pape
Cette transition est d'autant plus scrutée que le pape Léon XIV rencontrera des victimes de violences sexuelles le 27 septembre à Lourdes, lors de son voyage en France. La question de la confiance dans le nouveau dispositif reste donc centrale, alors que les victimes attendent des garanties concrètes sur l'indépendance et l'efficacité de Renaître.



