Raphaël Glucksmann, leader de Place Publique, a été élu dimanche 11 octobre 2026, dès le premier tour, comme le vainqueur de la primaire organisée par le Parti socialiste (PS). Avec plus de 66 % des voix, soit 79.613 voix, il devient le candidat de la gauche sociale-démocrate pour l'élection présidentielle, une première dans l'histoire du PS qui n'aura pas de candidat issu de ses rangs.
Une victoire écrasante et un appel à l'unité
L'eurodéputé de 46 ans a réussi son pari de l'emporter dès le premier tour, mais il devra désormais rassembler une famille politique divisée sur la question des alliances avec La France insoumise (LFI), qu'il refuse. « La démocratie a parlé et le résultat est sans appel (...) je suis le candidat de la gauche démocratique » qui « pourra battre l'extrême droite », a-t-il affirmé lors d'une allocution devant la presse. Il s'est également présenté comme le candidat « de la rupture avec le macronisme » et « de la rupture avec l'hégémonie de Jean-Luc Mélenchon sur la gauche ».
Sur X, il avait auparavant jugé que ce résultat disait « quelque chose de puissant : une gauche fidèle à ses valeurs peut rassembler, gouverner et gagner ». Mais « nous ne sommes pas là pour gagner une querelle à gauche. Nous sommes là pour gagner l'élection présidentielle », a-t-il ajouté.
Olivier Faure encaisse une défaite sévère
Le patron du PS, Olivier Faure, encaisse une sévère défaite avec 14 % des voix (17.398 voix). Celui qui faisait figure de challenger comptait sur le patriotisme de parti pour l'emporter, malgré des sondages qui ne lui donnaient que de 3 à 5 % des voix, loin des intentions de vote de M. Glucksmann, qui naviguait entre 10 et 12 %. « Une majorité très claire s'est dégagée, tu as su convaincre une majorité de votants », a-t-il déclaré à l'attention de Raphaël Glucksmann, affirmant respecter le résultat.
M. Faure, qui avait considéré qu'une victoire de M. Glucksmann signifierait l'effacement du PS à la présidentielle, devra désormais le soutenir, comme s'y sont engagés tous les candidats. Ségolène Royal, ex-candidate à la présidentielle de 2007, qui n'avait pas caché son rejet de Raphaël Glucksmann pendant la campagne, n'a obtenu que 7,62 % des voix. Elle s'est dite « déçue » du résultat, sans rien regretter.
Les outsiders et la participation
Les députés Jérôme Guedj (PS) et Emmanuel Maurel (Gauche républicaine et socialiste) ont recueilli chacun un peu moins de 6 % des voix. Ils faisaient figure d'outsiders. « La primaire, désormais, elle est derrière nous. Le vote est clair », s'est félicité M. Guedj, proche de la ligne de l'eurodéputé. « On est partis sur de bons rails », a estimé aussi Emmanuel Maurel. Au total, quelque 120.787 votants se sont exprimés sur les 134.456 inscrits en capacité de voter.
Le scrutin, uniquement électronique, a été perturbé par une cyberattaque lancée vendredi matin à l'ouverture du vote, qui a ralenti les connexions sur la plateforme dédiée et obligé les organisateurs à prolonger le vote jusqu'à dimanche soir.
Réactions et perspectives
Très identifié sur l'international et l'Europe, M. Glucksmann voit dans cette primaire le début d'une « refondation de la gauche », avec une rupture claire avec LFI et son leader Jean-Luc Mélenchon. Ce fut son principal sujet de discorde avec M. Faure et Mme Royal lors des débats télévisés. M. Glucksmann, qui considère que M. Mélenchon joue avec les codes de l'antisémitisme, avait accusé le patron du PS de vouloir se rapprocher du patriarche insoumis, comme il l'a déjà fait à deux reprises au moment de la Nupes (2022) et du Nouveau Front populaire (2024).
M. Faure, partisan d'un rassemblement de la gauche à l'Assemblée, l'avait accusé en retour de vouloir se rapprocher du centre, ravivant le procès en « macronisme » qui colle à la peau de l'eurodéputé. La patronne des Écologistes, Marine Tondelier, proche de M. Faure, a dit dimanche soir regretter que le vainqueur soit « celui qui fait le choix du repli ».
Jean-Luc Mélenchon, qui a rassemblé dimanche 10.000 personnes lors d'un meeting à Clermont-Ferrand, avait expliqué samedi attendre que la primaire « se passe ». « Une fois que le candidat socialiste sera désigné, le tableau sera plus stabilisé », a-t-il dit. « Enfin, pas tout à fait de leur côté », a-t-il ironisé, prévoyant de rapides dissensions internes. Pour le député insoumis Paul Vannier, « le PS sort ce soir de la scène politique nationale en ne présentant pas de candidature issue de ses rangs à la présidentielle » et son candidat « est prétendant au leadership au sein du bloc macroniste ».