Peter Magyar, l'ancien disciple d'Orban devenu l'homme fort de la Hongrie
Peter Magyar, l'ancien disciple d'Orban devenu l'homme fort

Peter Magyar, l'ancien disciple d'Orban devenu l'homme fort de la Hongrie

En à peine deux ans, Peter Magyar, un novice en politique, a réalisé l'impensable en Hongrie. Cet homme de 45 ans a relancé le parti moribond Tisza pour mener l'assaut contre la forteresse de Viktor Orban, qui briguait un cinquième mandat consécutif après avoir mis le pays en coupe réglée.

Un parcours étonnant au cœur du pouvoir

Né le 16 mars 1981 dans une famille de conservateurs influents, Peter Magyar s'est intéressé à la politique dès son plus jeune âge. Pendant ses études de droit, il s'est lié d'amitié avec Gergely Gulyas, l'actuel chef de cabinet d'Orban, et a rencontré sa future épouse Judit Varga, qui deviendra ministre de la Justice.

Après avoir travaillé comme avocat, il devient père au foyer à Bruxelles lorsque son épouse est embauchée comme assistante d'un député européen du Fidesz. Au retour au pouvoir de Viktor Orban en 2010, il est nommé diplomate chargé des affaires européennes. La famille revient en Hongrie en 2018, où Peter Magyar prend la tête de l'organisme de prêts étudiants Diakhitel Kozpont et siège au conseil d'administration de plusieurs entreprises publiques.

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La rupture spectaculaire avec le système Orban

Inconnu du grand public avant début 2024, Peter Magyar a effectué une rupture spectaculaire en dénonçant publiquement le système Orban, dans le sillage d'un scandale retentissant de grâce accordée dans une affaire de pédocriminalité. Quelques semaines plus tard, il organisait son premier rassemblement, attirant des dizaines de milliers de personnes.

« Ils m'appelaient 'l'éternelle opposition' au sein du Fidesz », se targuait-il auprès de l'AFP en 2024, peu après son irruption sur le devant de la scène politique. Son statut d'« ancien initié » a contribué à son ascension fulgurante, estime Andrzej Sadecki, analyste au Centre d'études de l'Est (OSW) à Varsovie.

« Il paraît plus convaincant aux yeux de certains anciens électeurs du Fidesz quand il affirme que le système est pourri de l'intérieur », ajoute l'expert, estimant que « d'une certaine manière, Magyar, c'est Orban il y a 20 ans, sans tout le bagage, la corruption et les erreurs commises au pouvoir ».

Une communication efficace et une montée en puissance rapide

Communicant habile sur les réseaux sociaux comme sur le terrain qu'il a parcouru sans relâche, ce conservateur a séduit en promettant un changement total, jurant de démanteler « brique par brique » le système mis en place par Viktor Orban.

Peter Magyar a rapidement été perçu comme « courageux, dans l'action et prêt à prendre des risques personnels », estime Veronika Kovesdi, spécialiste des médias à l'université ELTE de Budapest. Sa communication sur les réseaux sociaux a eu un grand écho « émotionnel », selon elle, et contribué à l'émergence d'une communauté forte de soutiens.

Il prend rapidement les rênes du parti Tisza, qui réussit à arriver en deuxième position aux élections européennes de 2024, derrière la coalition au pouvoir.

Un programme de changement et des défis

Côté programme, Peter Magyar propose notamment :

  • Améliorer les services publics comme la santé et l'éducation
  • Lutter contre la corruption qui « est partout »
  • Mettre en œuvre une politique étrangère pro-occidentale
  • Faire de la Hongrie un allié fiable de l'OTAN et un membre loyal de l'UE

Comme Viktor Orban, il refuse l'envoi d'armes à l'Ukraine et s'oppose à une intégration rapide du pays dans l'UE, même s'il ne partage pas sa rhétorique hostile envers Kiev. Il défend des positions très strictes sur l'immigration, tandis que sur les droits LGBT+, attaqués par Viktor Orban, il se montre vague, sans doute pour éviter de braquer l'électorat le plus conservateur.

Les accusations et la légitimité renforcée

À mesure que sa popularité grandissait, Peter Magyar s'est retrouvé confronté à une série d'accusations, notamment celle de violences domestiques de la part de son ex-épouse Judit Varga, dont il a divorcé en 2023 - un « tsunami de haine et de mensonges », selon lui.

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Pour Veronika Kovesdi, cela a peut-être contribué à « le légitimer davantage » aux yeux de certains électeurs.

La meilleure chance de changement

« Certains doutent de sa capacité à opérer une véritable rupture avec le régime d'Orban » et « les électeurs de gauche ne sont peut-être pas entièrement satisfaits de son programme, mais ils le soutiennent quand même, car il représente la meilleure chance de changement », souligne Andrzej Sadecki.

Peter Magyar, qui affirmait initialement ne pas avoir d'ambition politique, est désormais perçu comme l'homme fort capable de détrôner Viktor Orban après des années de domination politique incontestée. Son parcours d'ancien initié du système qu'il dénonce aujourd'hui avec virulence fait de lui un adversaire particulièrement redoutable pour le pouvoir en place.