Le 7 juillet, la décision de la cour d’appel de Paris dans l’affaire des assistants du Front national au Parlement européen a, contre toute attente, marqué la « renaissance » de la candidature de Marine Le Pen à l’Élysée. Reconnue coupable de détournement de fonds publics, condamnée à de la prison ferme, à quarante-cinq mois d’inéligibilité et à une amende de 100 000 euros, elle a pris un double pari : que le temps de la justice – et de son pourvoi en cassation – n’entraverait pas sa course à la magistrature suprême, et surtout que les Français, dans leur colère face aux élites, continueraient à lui faire confiance.
Des sondages favorables malgré la condamnation
Les premiers sondages semblent lui donner raison : passant outre sa condamnation, une partie des citoyens se disent prêts à la propulser à l’Élysée. Un avertissement pour Édouard Philippe et ses alliés, enfermés dans leur rivalité émolliente. Selon un sondage récent, Marine Le Pen serait en tête des intentions de vote pour 2027, avec 35 % des suffrages au premier tour.
Des maires RN déjà à l’œuvre
Marine Le Pen dispose d’un argument clé : les Français n’ont jamais essayé le Rassemblement national au pouvoir. Mais depuis le printemps, son mouvement dirige de nombreuses villes. Or, en dépit de la quête de respectabilité voulue par la direction, des dérapages éclatent régulièrement, au nom de l’idéologie ou de la revanche. Carpentras constitue un bon exemple.
Dans la deuxième ville du Vaucluse, le nouveau maire RN, Hervé de Lépinau, vient d’annuler un contrat pour reconstruire une grande salle polyvalente, l’ancienne ayant été incendiée en 2022. « Notre projet, respectueux de l’environnement, avait été sélectionné à l’unanimité du jury de concours et validé par l’architecte des Bâtiments de France ; nous avions déjà rendu la première phase d’étude », témoigne Isabel Hérault, cofondatrice de l’agence Hérault Arnod Architectures. Officiellement, la ville, à court d’argent, serait incapable de régler le coût du projet (9 millions d’euros). L’état des finances municipales n’a pas dissuadé le nouvel édile de s’octroyer une hausse de ses indemnités de 35 %.
Déprogrammations et retraits de locaux
À Vauvert (Gard), le nouveau maire RN a annulé un festival de jazz. À Carcassonne, Christophe Barthès, élu sous étiquette RN, a annoncé retirer l’usage de leurs locaux à quatre organisations syndicales. Quelques jours plus tard, la CGT recevait un courrier du maire lui demandant de quitter la Bourse du travail, qu’elle occupe depuis quatre-vingt-neuf ans. À Castres, Florian Azema, 29 ans, a déprogrammé la pièce d’Alexis Michalik, Passeport, du théâtre municipal, au prétexte qu’elle ferait « la promotion des clandestins ».
Clivants, ces gestes ne forment ni un programme ni un bilan. Mais l’empressement des nouveaux maires à prendre de telles mesures donne une indication de ce qui attend le pays en cas de victoire de Marine Le Pen le 2 mai prochain. Tout sauf une renaissance.



