Le mouvement lycéen qui agite la France depuis deux semaines traduit un profond désespoir générationnel, selon Baptiste Bize, directeur de la rédaction de Nice-Matin. Dans son éditorial, il souligne que les revendications parfois dérisoires masquent des causes profondes et nourrissent l'incompréhension entre les générations. En 1968, les moins de 30 ans représentaient près de 50 % de la population française, contre moins de 20 % pour les plus de 60 ans. Aujourd'hui, le rapport de forces est équilibré et s'apprête à s'inverser.
Une démographie qui bouleverse l'équilibre des générations
Dans vingt ans, les plus de 60 ans seront plus nombreux que les moins de 30 ans. La Génération Alpha, qui succède à la « Gen Z », héritera d'un pays surendetté, d'un modèle social dépassé, d'un système de retraite dispendieux financé à crédit, d'un monde de nouveau en guerre et d'un climat déréglé rendant des zones entières inhabitables. « Le rêve n'est plus permis », constate Baptiste Bize.
Les revendications exprimées, comme les cadences de 27 heures de cours par semaine ou la qualité de la restauration scolaire, sont jugées dérisoires par l'éditorialiste. Elles masquent les causes profondes du malaise et alimentent l'incompréhension entre les générations. Les retraités d'aujourd'hui, qui ont commencé à travailler tôt et souvent travaillé dur, comprennent mal cette jeunesse qui entretient un rapport compliqué au travail tout en aspirant à un confort matériel toujours plus grand.
Le budget 2027, révélateur du choc des générations
Le débat sur le budget 2027 qui s'ouvre au Parlement illustre ce choc des générations. Selon l'éditorial, 12 milliards d'euros supplémentaires sont prévus pour la charge d'intérêts de la dette, 9 milliards pour les retraites et 5,5 milliards pour la santé. En revanche, peu de marges de manœuvre existent pour les investissements d'avenir dans l'intelligence artificielle et la transition énergétique. Aucun sursaut n'est engagé pour entreprendre les réformes radicales qui s'imposent.
L'éditorialiste s'interroge sur l'héritage de ce mouvement de colère une fois les vacances scolaires arrivées et le calme revenu. Il évoque les images des violences, des dégradations, des lycées incendiés et des élus dansant autour des feux de poubelle. Il rappelle qu'en juin 1968, la majorité silencieuse avait offert une large victoire au général de Gaulle, et que l'aspiration à l'ordre s'exprimera probablement dans les urnes au printemps.