Bardella et Le Pen : deux lignes divergentes sur l'union de la droite au RN
Bardella et Le Pen : deux lignes divergentes sur la droite

Les deux visages du Rassemblement national face à la droite traditionnelle

Les élections municipales ont mis en lumière des attachements surprenants au sein du paysage politique français. Jordan Bardella, président du Rassemblement national, s'est soudainement transformé en avocat de la droite traditionnelle lors d'une récente intervention médiatique.

La main tendue de Bardella

"M. Zemmour et Mme Knafo ont fait un mal considérable à la droite en éparpillant les voix", a déploré Jordan Bardella ce mardi sur le plateau du 20 Heures de TF1. Le leader du RN a poursuivi en s'interrogeant : "Moi je suis dans une démarche d'ouverture : est-ce que le rôle de la droite, c'est de s'unir ou d'exclure en l'occurrence ceux qui ambitionnent de battre la gauche ?"

Évoquant spécifiquement le cas des élections municipales parisiennes, Bardella a assuré qu'il aurait voté personnellement pour Rachida Dati. Une position notable pour quelqu'un qui n'est pas électeur à Paris et dont le parti n'est traditionnellement pas considéré comme représentant de "la droite" institutionnelle.

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L'approche différente de Marine Le Pen

Marine Le Pen, quant à elle, s'est contentée d'appeler à faire barrage à la gauche sans mentionner d'union avec la droite traditionnelle. Un cadre frontiste a souligné cette divergence : "Ce n'est pas la même chose, l'un vote pour, l'autre appelle à voter contre."

La présidente d'honneur du RN a été claire sur ce sujet à plusieurs reprises. "Je suis poursuivie par cette arlésienne depuis 25 ans, c'est horrible", se désespérait Marine Le Pen en novembre 2025 devant les journalistes parlementaires. Elle a ajouté : "Donc je vais répéter pour la énième fois, je ne suis pas pour l'union des droites, je ne suis pas pour sauver la droite."

Pour Marine Le Pen, s'adresser exclusivement à une droite qu'elle juge de plus en plus faible "ne m'apparaît ni être une bonne chose pour le pays, ni susceptible de créer les conditions d'une union nationale".

Deux stratégies distinctes au sein du même parti

Dans sa campagne d'entre-deux-tours, Marine Le Pen, mobilisée sur le terrain, n'a pas prononcé un seul mot pour "la droite" ou pour Les Républicains. Elle a préféré se revendiquer du populisme : "Si être populiste c'est être au service des Français, alors nous sommes fiers d'être populistes", a-t-elle assuré depuis Châlons-en-Champagne lors d'un meeting du RN.

Cette distance avec la droite traditionnelle n'est pas nouvelle pour Marine Le Pen. Interrogée sur LCI en janvier 2025 concernant la nécessité de réduire le nombre de fonctionnaires, elle avait taclé : "Mais non, ça c'est des trucs de droite !"

La stratégie d'ouverture de Bardella

Pendant ce temps, Jordan Bardella renouvelle constamment son ambition de parler aux patrons et son amour de la croissance. Il répète qu'il possède ce qu'il appelle un "ethos de droite". Alors que son mentor rejette tout ce qui a trait à "la droite" ou aux Républicains, le jeune président du RN en convoque les figures, tend la main aux appareils et cherche à s'intégrer au sein de cette grande famille politique.

Pour mieux se rendre acceptable, Bardella prend soin de se dissocier publiquement des groupuscules radicaux - pourtant historiquement liés au parti qu'il dirige. Il tente, quitte à se positionner en faveur de l'ex-ministre macroniste Rachida Dati, de prendre ses distances par rapport aux autres partis d'extrême droite comme Reconquête !, qu'il accuse désormais de porter atteinte à la grande famille de la droite.

Cette divergence stratégique révèle deux lignes claires au sein du Rassemblement national : l'une cherchant à normaliser le parti en l'intégrant au paysage politique traditionnel, l'autre affirmant une identité distincte et rejetant les alliances avec la droite institutionnelle. Un art délicat de se revendiquer d'un camp qui, historiquement, n'a jamais vraiment voulu du Rassemblement national.

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