L’agence américaine chargée de l’immigration et des douanes (ICE) a intensifié ses opérations de contrôle et d’arrestation de migrants, mais le fait de manière discrète, selon des documents internes consultés par Libération. Cette hausse d’activité intervient alors que l’administration Trump cherche à durcir sa politique migratoire avant l’élection présidentielle de novembre.
Une augmentation des arrestations sans annonce officielle
Les statistiques internes de l’ICE, obtenues par Libération, montrent une augmentation de 25 % des arrestations de migrants en situation irrégulière au cours des trois derniers mois par rapport au trimestre précédent. Cette progression est d’autant plus notable qu’elle n’a fait l’objet d’aucune communication officielle de la part de l’agence ou de la Maison-Blanche. Les opérations se déroulent souvent tôt le matin ou tard le soir, dans des zones résidentielles, sans préavis aux médias.
Un agent de l’ICE, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a confirmé à Libération que « les équipes ont reçu pour consigne de travailler davantage dans la discrétion, afin d’éviter les fuites et les contestations ». Cette approche contraste avec les opérations très médiatisées menées sous le premier mandat de Donald Trump, qui avaient suscité de vives critiques des associations de défense des droits des migrants.
Des cibles prioritaires et des moyens renforcés
Selon les documents consultés, l’ICE a élargi ses critères de priorité. Désormais, les personnes ayant un casier judiciaire, même mineur, sont considérées comme des cibles prioritaires, tout comme celles qui ont déjà fait l’objet d’un ordre d’expulsion. L’agence a également renforcé ses équipes locales, avec un recrutement de 500 agents supplémentaires depuis le début de l’année, portant ses effectifs à près de 8 000 agents dédiés à l’intérieur du pays.
Les opérations se concentrent principalement dans les États frontaliers comme le Texas, l’Arizona et la Californie, mais aussi dans des villes sanctuaire comme New York et Chicago, où les autorités locales refusent traditionnellement de coopérer avec l’ICE. Cette intensification se fait pourtant sans heurts majeurs, les agents évitant les confrontations avec les forces de l’ordre locales.
Des conséquences sur les communautés immigrées
Cette chasse aux migrants à bas bruit a des conséquences directes sur les communautés immigrées. Selon les associations locales, la peur de l’arrestation dissuade de plus en plus de parents d’envoyer leurs enfants à l’école, et certains travailleurs évitent de se rendre à leur travail. Les centres d’aide juridique signalent une hausse de 40 % des demandes de conseil depuis le début de l’année, selon les données compilées par Libération auprès de plusieurs organisations.
Les défenseurs des droits dénoncent une politique « qui sème la terreur dans les familles », tandis que les partisans de la ligne dure estiment que cette discrétion permet d’éviter les débats publics et de rendre l’application des lois plus efficace. L’administration Trump, de son côté, n’a pas commenté ces chiffres, mais un responsable du ministère de la Sécurité intérieure, cité par Libération, a indiqué que « l’objectif est de faire respecter la loi, sans spectacle inutile ».
Alors que la campagne électorale bat son plein, cette intensification discrète pourrait bien devenir un enjeu majeur du débat sur l’immigration, les démocrates accusant le président sortant de vouloir « déporter en masse » sans que les électeurs ne mesurent l’ampleur du phénomène. Les prochaines semaines diront si cette stratégie de l’ombre se poursuivra après le scrutin.



