Le député Rassemblement national Jean-Philippe Tanguy a défendu mardi 11 février la proposition de son parti d'interdire le port du voile islamique dans l'espace public, affirmant que le RN ne visait pas un « symbole religieux » mais celui d'une « idéologie ». Interrogé sur France Info, il a justifié cette mesure, critiquée de toutes parts, et réaffirmé la volonté du parti d'organiser un référendum sur le sujet, en dépit des doutes concernant sa constitutionnalité.
Une proposition défendue comme une nécessité face à une idéologie
« Nous n'avons jamais stigmatisé les femmes qui portent le voile », a assuré Jean-Philippe Tanguy, avant d'ajouter : « il peut arriver qu'on doive malheureusement parfois abandonner un certain nombre de symboles parce qu'ils ont été accaparés par une idéologie ». Le député a ainsi répondu aux critiques qui accusent le RN de porter atteinte à la liberté religieuse. Il avait évoqué dimanche le projet de son parti de soumettre à des amendes les femmes portant le voile dans la sphère publique.
Une proposition critiquée jusque dans les rangs de la droite
La candidate à la présidentielle, Marine Le Pen, a confirmé lundi soir qu'elle proposerait « aux Français par référendum une grande loi de lutte contre les idéologies islamistes avec de nombreuses mesures puissantes, y compris la pénalisation du voile islamiste dans l'espace public ». Cette annonce a suscité de vives réactions, tant sur le plan de la liberté religieuse que sur celui de l'applicabilité pratique par les forces de l'ordre.
Le candidat Les Républicains Bruno Retailleau, qui souhaite pour sa part interdire le voile dans les compétitions sportives et les sorties scolaires, a dénoncé sur RTL « des populistes » qui « trahiront leurs promesses parce qu'ils savent parfaitement que c'est inapplicable ». Il a également relevé une divergence au sein du RN entre les positions de Jordan Bardella, qui ne veut pas « mettre en place une police du vêtement », et celles de Marine Le Pen, estimant que « cela patauge dur au RN ».
L'opposition de Gabriel Attal et la question constitutionnelle
Le candidat Renaissance Gabriel Attal s'est dit « en désaccord radical avec cette proposition » lors de la visite d'une école de sa circonscription. « Le respect des valeurs de la République passe aussi par une liberté de croyance, une liberté de culte, et donc le respect du choix qui est fait par certaines femmes », a-t-il déclaré. Il avait lui-même provoqué une polémique il y a quelques mois en proposant l'interdiction du voile aux moins de 15 ans, mais « au nom de la protection de l'enfance ».
Sur le plan juridique, un référendum sur cette question nécessiterait au préalable une révision de la Constitution, dont l'article 11 limite le champ des consultations populaires. Jean-Philippe Tanguy considère néanmoins que « l'article 11 est extensif » et que « les Français doivent pouvoir se prononcer sur tous les sujets ». Marine Le Pen, si elle est élue, entend procéder dès son arrivée à une grande révision de la Constitution pour y introduire des dispositions sur l'immigration, la nationalité ou la primauté du droit national, et ce directement par référendum via cet article 11, une démarche qui serait probablement dénoncée comme un coup de force par le Conseil constitutionnel.



