Depuis le 1er septembre, les téléphones portables sont interdits dans les lycées français, conformément à la loi promulguée le 24 août. Cette mesure, votée en plein été, vise à améliorer la concentration et les résultats des élèves. Cependant, une étude de l'université Stanford, relayée par le Wall Street Journal, indique que l'impact sur les performances académiques est minime, voire inexistant.
Une loi pour la sérénité de l'apprentissage
La loi sur l'interdiction des téléphones portables dans les lycées est entrée en vigueur le 1er septembre. Le jour de la promulgation, le président Emmanuel Macron a déclaré sur X : « Une école sans téléphone, c'est retrouver la sérénité de l'apprentissage ». Le gouvernement justifie cette mesure par la nécessité de permettre aux élèves de mieux se concentrer et d'améliorer leurs résultats.
Cette décision intervient dans un contexte de baisse du niveau des élèves français, un sujet récurrent dans le débat public. Toutefois, cette baisse est à relativiser, car elle cache de grandes inégalités, notamment selon le groupe social des élèves.
Une application délicate dans les établissements
La mise en œuvre de cette interdiction soulève des questions pratiques. Chaque lycée doit modifier son règlement intérieur et définir les sanctions et exceptions. De nombreux enseignants et proviseurs rapportent qu'il est difficile de contraindre un adolescent à donner son téléphone sans un cadre précis. Les élèves utilisent également leur téléphone pour accéder à Pronote, qui leur permet de vérifier leurs devoirs, l'absence d'un professeur, un changement de salle ou leurs notes.
Certains établissements ont anticipé la mesure. Le lycée Jean-Moulin à Béziers (Hérault), dont le proviseur est Pierre Fournier, tente de mesurer les impacts du téléphone sur les résultats. À chaque vacances d'automne, il convoque, avec leurs parents, les élèves dont les résultats sont en dessous de la moyenne au premier trimestre et leur demande de consulter leur temps d'écran. Résultat : une moyenne de six heures par jour.
Une étude de Stanford révèle un impact quasi nul
L'étude de l'université Stanford, parue en avril, a suivi un panel d'élèves dans près de 5 000 écoles aux États-Unis, sur une période allant de plusieurs mois à trois ans. Dans ces écoles, les téléphones étaient placés dans des pochettes hermétiques, déverrouillées uniquement avec une clé spécifique. Les résultats montrent que la différence entre la situation avant l'introduction de cette mesure et celle constatée trois ans après est minime. L'attention en classe et les résultats scolaires n'ont pas beaucoup varié.
Jason Baron, maître de conférences en économie à l'université Duke et coauteur de l'étude, a déclaré au Wall Street Journal : « Si l'on se préoccupe des résultats aux examens, il est décevant de constater qu'au bout de trois ans, aucun progrès n'a été observé ». L'hypothèse avancée est que l'attention « dispersée » des élèves, auparavant « accaparée » par les téléphones, se reportait sur leurs interactions amicales ou leur rêverie. Une autre étude menée au Royaume-Uni auprès de 1 227 élèves de lycée a abouti aux mêmes conclusions.
L'étude de Stanford indique également que « peu d'éléments semblent indiquer que l'interdiction des téléphones ait eu une incidence sur l'assiduité aux cours, l'absentéisme chronique ou le harcèlement en ligne ». Thomas Dee, coauteur de l'étude, a souligné auprès de NPR : « Cette étude pourrait inciter à rejeter l'interdiction des téléphones portables comme une réforme convaincante. Ce serait, à mon avis, une grave erreur ».
Des bénéfices possibles sur le bien-être
Malgré des effets faibles sur le niveau scolaire, l'interdiction pourrait améliorer le bien-être des élèves. Les études notent une tendance à l'amélioration générale du climat des établissements, avec moins de sanctions ou d'exclusions, en raison de la réduction de l'utilisation d'applications conçues pour capter l'attention.
Cette mesure, bien que d'application complexe, pourrait donc avoir des effets positifs sur le long terme, même si les preuves de son impact sur les résultats restent limitées.



