Ukraine : Fedorov réclame des élections après son limogeage du ministère de la Défense
Ukraine : Fedorov réclame des élections après son limogeage

Mykhailo Fedorov, ancien ministre de la Défense ukrainien limogé en juillet, a directement appelé à la tenue de nouvelles élections dans une vidéo diffusée sur sa chaîne YouTube mardi, alors que le Parlement ukrainien approuvait son successeur mercredi. Vêtu d'une chemise noire sur fond noir, le trentenaire a rompu un tabou politique majeur en temps de guerre, alors que la loi martiale interdit tout scrutin.

Un limogeage contesté et un refus de postes symboliques

Mykhailo Fedorov avait été écarté de son poste en juillet, suscitant des manifestations de soutien, un événement rare depuis le début de l'invasion russe. Face à la pression, le président Volodymyr Zelensky a finalement remplacé le chef de l'armée, Oleksandr Syrsky, considéré par certains comme un rival du ministre déchu. Ce remplacement ne s'est toutefois pas accompagné d'une réhabilitation de Fedorov, toujours écarté du gouvernement. Mi-août, Zelensky a proposé Ievgueniï Khmara, un responsable du SBU, pour le poste de ministre de la Défense, fermant la porte à un retour de Fedorov. Ce dernier a répété à plusieurs reprises qu'il n'envisagerait de revenir au gouvernement qu'à ce poste précis, refusant même des offres comme celui de vice-Premier ministre.

« Fedorov avait été très clair depuis un mois : seul le ministre de la défense a le pouvoir de véritablement influencer la conduite de la guerre. Tout ce que Zelensky lui proposait n'aurait été que symbolique », analyse Dominique Arel, professeur de science politique et titulaire de la Chaire d'études ukrainiennes à l'université d'Ottawa, au Canada.

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Un appel électoral jugé dangereux et irréaliste

Dans son adresse aux Ukrainiens, Fedorov a étrillé le pouvoir en place, estimant que le pays traversait une « crise systémique de gouvernance ». Il a également fustigé son limogeage en déclarant : « Il est particulièrement dangereux lorsque la société a le sentiment que le critère principal de nomination d'une personne n'est pas son professionnalisme, les résultats obtenus ou sa capacité à changer le pays, mais sa loyauté personnelle envers le système. »

Sous la loi martiale, la législation ukrainienne prohibe directement la tenue d'élections. Près de 18 % du territoire ukrainien reste sous occupation russe, des millions de citoyens ont fui à l'étranger, et des centaines de milliers d'autres se trouvent sur la ligne de front. Selon un sondage du KIIS, seules 15 % des personnes interrogées souhaitaient des élections avant la fin de la guerre. Le député Oleksandr Merezhko, qui avait soutenu le retour de Fedorov, a jugé cette proposition de « très dangereuse et irréaliste », ajoutant que « cela affaiblirait le pays, notre unité et notre résilience. C'est pourquoi je pense que l'idée d'élections fait malheureusement le jeu de Poutine. »

Dominique Arel évoque la crainte que la Russie manipule les élections et entraîne une « remontée de la frange "pro-russe" », tout en rappelant que « Fedorov n'appelle pas du tout à des concessions, de type retrait unilatéral du Donbass, qu'exige la Russie. »

Un pari sur la popularité personnelle

Dans un article d'opinion, le Kyiv Post s'interroge sur la « volonté [de Fedorov] de tirer parti de l'élan qu'il a acquis » dans le cadre de ses « propres ambitions politiques ». Selon un sondage de l'institut Rating mené les 20 et 21 juillet, Valeri Zaloujny arrivait en tête de la confiance des Ukrainiens avec 70 %, suivi de Mykhailo Fedorov à 65 %, puis de Kyrylo Boudanov à 62 % et, enfin, de Volodymyr Zelensky à 59 %. Les figures sans parti, comme Fedorov, bénéficient du plus gros soutien populaire, tandis que les ténors historiques de l'opposition, comme Petro Porochenko, s'effondrent avec moins de 5 % d'intention de vote.

Pour Dominique Arel, cet épisode renseigne sur les transformations de la vie politique ukrainienne. « Il est tout à fait remarquable qu'en pleine escalade de la guerre, où les villes ukrainiennes sont actuellement sans défense face à des missiles balistiques dévastateurs, le débat politique soit si ouvert », observe-t-il. Le fait que d'anciennes pratiques, comme le limogeage sans justification publique d'un ministre de premier plan, soient désormais contestées publiquement est un « signe » d'une « transformation démocratique, inédite en temps de guerre ».

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